Au bout d'un moment, je suis parvenu à faire jaillir quelques gouttes de lait; mais il paraît que j'ai blessé notre nourrice, car elle a regimbé, et il s'en est peu fallu qu'elle n'ait renversé le baquet; depuis, c'est-à-dire hier au soir et ce matin, j'ai fait deux nouveaux essais, et j'ai mieux réussi.

Après déjeuner nous avons fait la revue de ce qui se trouve dans le chalet pour notre usage. J'en donnerai le détail un autre jour; j'ai encore tant de choses à dire, que je crains de rester en chemin comme hier.

Quand nous eûmes reconnu ce que nous avions en denrées et en ustensiles, nous désirâmes savoir quel temps il faisait. Je me plaçai sous la cheminée, et je regardai par la seule ouverture qui restât libre dans le chalet. Au bout de quelques moments, le soleil brilla tout à coup sur la neige qui s'élevait autour de l'ouverture à une hauteur considérable. Je fis remarquer la chose à mon grand-père.

On distinguait assez bien l'épaisseur de la couche, parce que l'ouverture ne fait point de saillie sur le toit. C'est un simple trou, comme serait celui du fenil.

—Si nous avions une échelle, a dit mon grand-père, tu monterais là-haut, et tu dégagerais une trappe que ton père a placée, m'a-t-il dit dernièrement, pour se garantir de la pluie et du froid, en attendant qu'on réparât la cheminée, qui était en mauvais état, et que l'orage a renversée.

—Si la cheminée était plus étroite, ai-je répondu, il n'y aurait pas besoin d'échelle, j'essaierais de monter comme les ramoneurs.

Nous sommes restés alors pensifs quelques moments; mais grand-papa s'est rappelé qu'il avait vu dans l'étable une longue perche de sapin, et il m'en a fait souvenir. J'ai frappé des mains en signe de joie.

—C'est tout ce qu'il me faut, ai-je dit; j'ai grimpé bien souvent à des arbres dont la tige n'était pas plus grosse. La perche a encore son écorce, c'est une facilité de plus.

Mais il fallait l'introduire dans le canal: voilà ce qui pouvait être malaisé. Heureusement, l'entrée en est fort large et fort élevée, et nous sommes venus à bout de l'entreprise, aidés encore par la souplesse du bois.

Ensuite je me suis mis à l'œuvre, après avoir attaché autour de ma ceinture une ficelle, afin de hisser jusqu'à moi une pelle, quand je serai en haut. J'ai tant fait des pieds et des mains, en m'appuyant aussi contre les parois du canal, que je suis arrivé sur le toit. J'ai commencé par m'y faire une place, en déblayant la neige avec le secours de la pelle, et j'ai pu reconnaître qu'il y en avait environ trois pieds; autour du chalet il me parut qu'il y en avait bien davantage. C'était en effet le vent qui l'y avait amoncelée; mais il n'en était pas moins tombé une masse énorme de neige dans un temps bien court.