—Oui.

—Je ne sais pas. Depuis le jour où Berthe revenant chez moi l'a congédiée, je n'ai plus eu de ses nouvelles. Je suppose qu'elle a suivi sa vocation, et qu'elle a recommencé à pirater dans un nouveau ménage. Ah ça bien, et toi, que fais-tu?

—Moi, rien. Je vivote entre Mélie et Barre-de-Rouille; je travaille aussi pour des entrepreneurs de papiers peints. Je fais, entre autres besognes, des Écossais, tu sais, ces papiers qui ont des raies alternées et croisées, rouges et vertes, comme des culottes d'highlanders ou certains châles. Ce n'est pas trop mal payé et l'ouvrage abonde.

—Alors les tableaux?

—Le peintre se frotta la barbe de ses longs doigts. Les tableaux, peuh, dit-il, c'est quelquefois bon de songer à ceux qu'on ne fera jamais, au lit, le soir, quand on ne dort pas!

—Oui, répondit, après une pause, André en soupirant: Quand il s'agit d'exécuter l'œuvre qu'on a conçue, va te faire fiche! Vois-tu, j'ai bien peur que nous n'ayons joué, en art, le rôle que jouent en amour ces pauvres diables qui, après avoir longtemps désiré une femme, ne peuvent plus lorsqu'ils la tiennent.

—Les gens qui ratent le coche, fit Cyprien. Tiens, à propos, et la maison que tu devais acheter à Viroflay?

—Elle a été vendue, pendant que je discutais sur le prix d'achat, avec ma femme.

—Ah bien, ça n'a pas dû réjouir ce bon Désableau, reprit en riant le peintre. Est-ce que tu le vois toujours?

—Encore.