—Voilà qui est terminé, dit-elle, en ôtant avec précaution son moule et elle l'étala de nouveau sur la table, enleva les épingles qu'elle y avait fichées comme points de repère et se mit à opérer silencieusement ses retouches.

Neuf heures sonnèrent.

—Justine, reprit à son tour monsieur Désableau, il est l'heure d'aller te coucher, mon enfant.

La petite rechignait, mais ses parents furent inflexibles. Madame Désableau alluma un bougeoir, prit la palette de couleurs, le verre d'eau sale et les emporta dans sa chambre. Pour gagner du temps, Justine embrassait longuement son père et Berthe, leur posait des questions, lambinait à la recherche d'un ruban égaré sous la table. Sa mère l'empoigna et, la poussant devant elle malgré ses trépignements, elle referma la porte.

Alors Désableau releva un peu la tête, fixa son pince-nez et, faisant claquer entre ses doigts le paquet de cartes, il se tourna vers sa nièce et lui dit:

—Maintenant que Justine est couchée, causons. J'ai reçu une lettre de Me Saparois qui m'invitait à me présenter à son étude. Je vais te résumer la conversation que nous avons eue ensemble.

Ton mari qui, dans l'espèce, a, paraît-il, tous les droits, serait heureux d'éviter le scandale des tribunaux et des affiches; aussi ne formera-t-il pas une demande en séparation de corps; il propose simplement un arrangement à l'amiable. Vous vivriez, chacun de votre côté, il ne te servirait aucune pension alimentaire, mais il te restituerait en entier ta dot.

Telles sont les propositions que m'a soumises, en son nom, Me Saparois.

Je lui ai dit, moi, à ce notaire ce qu'il en était et ce que je pensais de la conduite de ton mari. Il me semble invraisemblable, ai-je ajouté, après mûres réflexions, que M. André Jayant soit à même de rendre intacte la dot dont nous avons bien voulu le gratifier. Je n'ai pas celé à Me Saparois que je n'avais jamais été d'avis de donner suite à l'union projetée entre ton mari et toi, j'ai en même temps appelé son attention sur les idées scandaleuses qu'André avait soutenues dans ses livres, et j'ai été forcément amené à cette conclusion qu'il devait avoir dissipé en orgies l'argent qu'une famille honorable avait consenti à lui livrer.

M. Désableau souffla et fit une pose. Il répétait une leçon qu'il piochait depuis trois jours entiers à son bureau. Il continua sur un ton plus emphatique encore: