Après s'être applaudi de n'avoir jamais connu de tels embarras, après avoir même blagué des camarades qui étaient relancés par leurs amoureuses, maintenant, il les jalousait.

Dans ses moments de lucidité, il cherchait un remède qui jugulât la maladie dont il souffrait. Le seul qu'il imaginait, séduire une fillette presque sage lui paraissant impossible, il était forcément obligé d'aspirer, comme jadis, après une fille qui lui appartiendrait en commun avec beaucoup d'autres. Il aurait son jour et elle le recevrait bien, sachant qu'il était une pratique régulière et qu'il prenait poliment livraison des plaisirs qu'il venait acheter. Persuadé enfin que la possession d'une femme à soi seul, à Paris, était chose impraticable, il se décida à adopter cette combinaison, tentant de se convaincre avec force arguments à l'appui, que s'il avait eu l'aversion des roulures, c'était simplement parce qu'au lieu d'aller toujours chez la même, il en visitait, chaque fois, une différente.

Mais ici, il fallait tout attendre de la chance. Il pouvait vagabonder au travers de cabinets de toilettes et d'alcôves, pendant des mois, avant que de mettre la main sur une femme avenante et qui simulerait convenablement les giries de la bonne fille.

Il chercha et ne découvrit que de mélancoliques farceuses éprises de marloupiers qu'elles s'empressaient, dès qu'il avait le dos tourné, d'aller rejoindre.

Dans cette débâcle, le souvenir de Berthe s'implanta à nouveau encore, mais le cortège des rancunes et des colères qui l'accompagnaient, disparut. André avait perdu toute fermeté, tout ressort. Désespéré, il souhaita de revoir sa femme; il erra dans les rues avoisinant la demeure des Désableau, il ne rencontra ni les uns, ni les autres, il finit par apprendre indirectement, qu'ils étaient tous partis pour la campagne.

Cyprien le remontait de temps à autre. Il comprenait le silence de son ami qui se taisait sur ses défaillances. Quelquefois ils passaient la soirée ensemble, et là, tandis qu'ils fumaient des pipes, sans deviser, le peintre s'ingéniait à secouer la pesante inertie d'André.

—Tu as tort, lui dit-il, un jour, de te laisser aller à la dérive.—Prends garde, tu vas espérer des malheurs de femmes pour les soulager, tu vas rêver d'invraisemblables discrétions de ta part et de non moins invraisemblables reconnaissances de la part de la personne que tu obligeras pour coucher ensuite avec!—Allons, voyons, il ne faudrait pourtant pas déraisonner de la sorte, et puis quoi? tu le sais pourtant bien, si t'amarrais pour de bon une femme, elle te mettrait l'âme à vif, elle t'écorcherait, tout en ayant l'air de te panser!—C'est ainsi que les rapports entre la femme et l'homme ont été réglés par la Providence.—Je ne dis pas que cela soit bien, mais c'est comme cela!—Et, ces soirs-là, Cyprien invitait son ami à déambuler, l'entraînait dans de formidables courses, s'appliquait à l'éreinter de son mieux pour le faire dormir.

VII

André fut presque guilleret, un soir.

Las de buter contre d'inaccessibles convoitises, il quittait l'impasse où il piétinait et revenait doucement sur ses pas, sans même en avoir conscience. La crise juponnière s'était peu à peu usée, une réaction s'opérait dans cet esprit qui n'ayant pu retrouver encore son assiette sautait d'un excès à un autre, prétendait maintenant à de fous rires, à de bruyantes joies.