André fut sobre de renseignements lorsque Cyprien le consulta sur les incidents de ses nuits.

Il se borna à répondre aux insinuations malveillantes du peintre, décrivant comme s'il les avait tâtés, les appas inconsistants de cette fille, qu'il était dans l'erreur, que Blanche était à peine flétrie.

—Eh bien, alors, tu es volé, riposta Cyprien, car enfin tu achetais, le sachant, de la marchandise tournée et l'on t'en fournit qui ne l'est pas!—A ta place, je réclamerais!

André se résolut à rompre la conversation toutes les fois que Cyprien la portait sur Blanche. Il avait peur, au fond, de voir démolir par le peintre les semblants d'attrait de cette femme. Il la visitait maintenant, à heures fixes, pour être certain de la rencontrer seule et il jubilait lorsque, sonnant à la porte, il entendait claquer les talons de ses mules et qu'il la voyait, vêtue de linge frais, sourire dans l'ombre du vestibule.

L'accueil était toujours le même, féminin et puéril, un baiser sur la moustache, la tête prise entre les deux mains et doucement dodinée, puis tous deux passaient, se tenant par la taille, dans la chambre à coucher, et, là, elle lui enlevait prestement son pardessus et son chapeau, lui offrait de se rafraîchir et sautait dès qu'il était assis sur ses genoux, lui demandant s'il avait été bien sage, le traitant de brigand, par amitié, lui répétant: bien sûr, tu n'as pas soif? tu sais, il ne faut pas te gêner, il y a de l'eau-de-vie et du vin, ici.

Il l'interrogea à diverses reprises, sur la vie qu'elle menait; elle lui raconta des banalités et mentit sans aplomb; elle finit, un jour, par parler d'un monsieur très comme il faut, dont elle fit longuement l'éloge.

André lui reprocha intérieurement ce manque de tact dont il était pourtant cause. Il se décida à ne plus la questionner, mais malgré lui il aborda plusieurs fois ce thème. Alors Blanche se coupa dans ses réponses et lui s'affermit dans cette idée qu'elle recevait, chaque après-midi, des gens retenus, le soir, dans leurs foyers, et il était ennuyé qu'elle pût avoir toute une série d'hommes! Il ressentait un certain dépit, trouvant naturel qu'elle eût un amant sérieux, mais deux, trois, quatre, non pas; elle lui parut trop fille.

Parfois, il se tâtait et demeurait penaud, se demandant avec tristesse à quoi avaient abouti les dures leçons de ses vieilles amours?—Il était aussi niais que jadis! il avait, par une chance exceptionnelle, découvert la femme longtemps convoitée, et, au lieu de rester dans une intelligente incertitude, il allait, mu par un sentiment bête d'amour-propre, de jalousie, d'il ne savait quoi, s'immiscer dans ses affaires, s'exposer à d'inquiétantes vérités ou à de grossiers mensonges.

Il n'aimait pas Blanche cependant! et il avait peur en examinant de trop près ce malaise de cœur, d'arriver à ce piètre résultat: la crainte de n'être point le préféré. A deux amants, il pouvait le croire, étant celui des deux qui n'entretenait pas.—A trois ou quatre, cette enfantine illusion partait.

Il restait préoccupé, analysant la sottise de ses pensées auprès d'elle; et parfois Blanche l'examinait, contrainte, songeant qu'il avait peut-être des chagrins et pour détendre ses ennuis, elle se mettait alors, au piano, et tapotait difficilement des valses.—Je fais des progrès,—n'est-ce pas, disait-elle?