Tous les mets étaient sur la table : deux œufs sur le plat, puis une jatte de riz, une autre de haricots et un pot de miel.
M. Bruno récita le Benedicite et voulut servir lui-même Durtal.
Il lui donna un œuf.
— C’est un triste souper pour un Parisien, dit-il, en souriant.
— Oh ! du moment qu’il y a un œuf et du vin, c’est soutenable ; je craignais, je vous l’avoue, de n’avoir pour toute boisson que de l’eau claire !
Et ils causèrent amicalement.
L’homme était aimable et distingué, de figure ascétique, mais avec un joli sourire qui éclairait la face jaune et grave, creusée de rides.
Il se prêta avec une parfaite bonne grâce à l’enquête de Durtal et raconta qu’après une existence de tempêtes, il s’était senti touché par la grâce et s’était retiré de la vie pour expier, par des années d’austérités et de silence, ses propres fautes et celles des autres.
— Et vous ne vous êtes jamais lassé d’être ici ?
— Jamais depuis cinq années que j’habite ce cloître ; le temps, découpé tel qu’il est à la Trappe, semble court.