— Et vous assistez à tous les exercices de la communauté ?
— Oui ; je remplace seulement le travail manuel par la méditation en cellule ; ma qualité d’oblat me dispenserait cependant, si je le désirais, de me lever à deux heures pour suivre l’office de la nuit, mais c’est une grande joie pour moi que de réciter le magnifique psautier Bénédictin, avant le jour ; mais vous m’écoutez et ne mangez pas. Voulez-vous me permettre de vous offrir encore un peu de riz ?
— Non, merci ; j’accepterai, si vous le voulez bien, une cuillerée de miel.
Cette nourriture n’est pas mauvaise, reprit-il, mais ce qui me déconcerte un peu, c’est ce goût identique et bizarre qu’ont tous les plats ; ça sent, comment dirai-je…, le graillon ou le suif.
— Ça sent l’huile chaude avec laquelle sont accommodés ces légumes ; oh ! vous vous y accoutumerez très vite ; dans deux jours, vous ne vous en apercevrez plus.
— Mais en quoi consiste, au juste, le rôle de l’oblat ?
— Il vit d’une existence moins austère et plus contemplative que celle du moine, il peut voyager, s’il le veut, et, quoiqu’il ne soit pas lié par des serments, il participe aux biens spirituels de l’ordre.
Autrefois, la règle admettait ce qu’elle appelait des « familiers ».
C’étaient des oblats qui recevaient la tonsure, portaient un costume distinct et prononçaient les trois grands vœux ; ils menaient en somme une vie mitigée, mi-laïque, mi-moine. Ce régime, qui subsiste encore chez les purs Bénédictins, a disparu des Trappes depuis l’année 1293, époque à laquelle le Chapitre général le supprima.
Il ne reste plus aujourd’hui dans les abbayes Cisterciennes que les pères, les frères lais ou convers, les oblats quand il y en a, et les paysans employés aux travaux des champs.