La colère le gagnait ; à la fin du compte, conclut-il, ces récidives sont ineptes ; le Christ a positivement déclaré qu’il ne fallait pas user de vaines redites dans les prières. Alors quel est le but de ce moulinet d’Ave ?
— Si je m’appesantis sur cet ordre d’idées, si j’ergote sur les injonctions du moine, je suis perdu, se dit-il, tout à coup ; et d’un effort de volonté il étouffa les révoltes qui grondaient en lui.
Il se réfugia dans sa cellule ; les heures s’allongeaient interminables ; il les tuait à se ressasser toujours les mêmes objections, toujours les mêmes réponses. Cela devenait un rabâchage dont il avait, lui-même, honte.
Ce qui est certain, c’est que je suis victime d’une aberration, reprit-il ; je ne parle pas de l’Eucharistie ; là, mes pensées peuvent n’être point justes, mais elles ne sont pas démentielles au moins, tandis que pour cette question des patenôtres !
Il s’ahurit si bien, à se sentir martelé tel qu’une enclume, entre ces deux hantises, qu’il finit par s’assoupir sur une chaise.
Il atteignit ainsi l’heure des Vêpres et le souper. Après ce repas, il retourna dans le parc.
Et alors les litiges en léthargie se ranimèrent et tout revint. Ce fut une mêlée furieuse dans tout son être. Il restait là, immobile, s’écoutait, atterré, quand un pas rapide s’approcha et M. Bruno lui dit :
— Prenez garde, vous êtes sous le coup d’une attaque démoniaque !
Et comme Durtal, stupéfait, ne répondait pas.
— Oui, fit-il ; le bon Dieu m’accorde parfois des intuitions, et je suis certain, à l’heure qu’il est, que le diable vous travaille les côtes. Voyons, qu’avez-vous ?