— Vous n’étonnerez jamais un moine, fit le prieur, en souriant.
— Eh bien, je sais pertinemment, je suis sûr que vous m’avez donné dix grains de chapelet à débiter, pendant un mois, chaque jour, et, depuis ce matin, je me dispute, contre toute évidence, contre tout bon sens pour me convaincre que c’est de dix chapelets quotidiens que se compose ma pénitence.
— Prêtez-moi votre chapelet, dit le moine, et regardez ces dix grains ; eh bien ! c’est tout ce que je vous avais prescrit et c’est tout ce que vous aurez à réciter. Alors, vous avez égrené dix chapelets entiers, aujourd’hui ?
Durtal fit signe que oui.
— Et, naturellement, vous vous êtes embrouillé, vous vous êtes impatienté et vous avez fini par battre la campagne.
Et voyant que Durtal souriait piteusement.
— Eh bien ! entendez-moi, déclara le père, d’un ton énergique, je vous défends absolument, à l’avenir, de jamais recommencer une prière ; elle est mal dite, tant pis, passez, ne la répétez pas.
Je ne vous demande même point si l’idée de repousser la communion vous est venue, car cela va de soi ; c’est là où l’ennemi porte tous ses efforts. N’écoutez donc pas la voix diabolique qui vous la déconseille ; vous communierez demain, quoi qu’il arrive. Vous ne devez avoir aucun scrupule, car c’est moi qui vous enjoins de recevoir le Sacrement ; d’ailleurs je prends tout sur moi.
Autre question maintenant, comment sont les nuits ?
Durtal lui relata l’abominable nuit de son arrivée à la Trappe et cette sensation d’être épié qui l’avait réveillé, la veille.