Cette église était la seule à Paris qui eût conservé ces pages de l’hymnaire gallican et elle les faisait détailler, sans maîtrise, par deux basses, mais ces chantres, si médiocres d’habitude, aimaient sans doute cette mélodie, car s’ils ne la chantaient pas avec art, ils l’expulsaient au moins dans un peu d’âme.

Et cette invocation à la Madone que l’on adjurait de sauver les âmes du Purgatoire était dolente comme ces âmes mêmes, et si mélancolique, si languide qu’on oubliait l’alentour, l’horreur de ce sanctuaire dont le chœur est une scène de théâtre, entourée de baignoires fermées et garnie de lustres ; on rêvait, loin de Paris, quelques instants, hors de cette population de dévotes et de domestiques qui fréquente ce lieu, le soir.

Ah ! l’Église, se disait-il, en descendant le sentier qui conduisait au grand étang, quelle génitrice d’art ! et subitement, le bruit d’un corps tombant dans l’eau, interrompit ses réflexions.

Il regarda derrière la haie des roseaux et ne vit rien, sinon de grands cercles courant sur l’onde et, tout à coup, dans l’un de ces ronds, une tête minuscule de chien parut tenant un poisson dans la gueule ; et la bête se haussa un peu hors de l’eau, montra un corps effilé et couvert d’une fourrure et, tranquillement, de ses petits yeux noirs, elle fixa Durtal.

Puis, en un éclair, elle franchit la distance qui la séparait du bord et disparut sous les herbes.

— C’est la loutre, se dit-il, se rappelant la discussion à table du vicaire de passage et de l’oblat.

Et il s’en allait rejoindre l’autre étang quand il se heurta au père Étienne.

Il lui raconta sa rencontre.

— Pas possible ! s’écria le moine ; personne n’a jamais vu la loutre ; vous devez confondre avec un rat d’eau, avec un autre animal, car cette bête que nous guettons depuis des années est invisible.

Durtal lui en fit la description.