La première émane de simples curieux ; sous prétexte qu’ils s’intéressent à mon pauvre être, ceux-là veulent savoir un tas de choses qui ne les regardent pas, prétendent s’immiscer dans mon intérieur, se promener comme en un lieu public dans mon âme.
Ici, pas de difficultés, je brûle ces épistoles et tout est dit. Mais il n’en est pas de même de la seconde catégorie de ces lettres.
Celle-là, de beaucoup la plus nombreuse, provient de gens tourmentés par la grâce, se battant avec eux-mêmes, appelant et repoussant, à la fois, une conversion ; elle procède souvent aussi de dolentes mères réclamant pour la maladie ou pour l’inconduite de leurs enfants le secours de prières d’un cloître.
Et tous me demandent de leur dire franchement si l’abbaye que j’ai décrite dans ce livre existe et me supplient, dans ce cas, de les mettre en rapport avec elle ; tous me requièrent d’obtenir que le frère Siméon — en admettant que je ne l’aie pas inventé ou qu’il soit, ainsi que je l’ai raconté, un saint — leur vienne, par la vertu de ses puissantes oraisons, en aide.
C’est alors que, pour moi, la partie se gâte. N’ayant pas le courage d’écarter de telles suppliques, je finis par écrire deux billets, l’un au signataire de la missive qui me parvint et l’autre, au couvent ; plus, quelquefois, si des points sont à préciser, si des informations plus étendues sont nécessaires. Et, je le répète, ce rôle de truchement assidu entre des laïques et des moines m’absorbe, m’empêche absolument de travailler.
Comment s’y prendre alors pour contenter les autres et ne pas trop se déplaire ? Je n’ai découvert que ce moyen, répondre en bloc, ici, une fois pour toutes, à ces braves gens.
En somme, les questions qui me sont le plus ordinairement posées se résument en celles-ci :
— Nous avons vainement cherché, dans la nomenclature des Trappes, Notre-Dame-de-l’Atre ; elle ne se trouve sur aucun des annuaires monastiques ; l’avez-vous donc imaginée ?
Puis : — le frère Siméon est-il un personnage fictif ou bien, si vous l’avez dessiné d’après nature, ne l’avez-vous pas exalté, canonisé, en quelque sorte, pour les besoins de votre livre ?
Aujourd’hui que le bruit soulevé par « En Route » s’est apaisé, je crois pouvoir me départir de la réserve que j’avais toujours observée à propos de l’ascétère où vécut Durtal. Je le dis donc :