La Trappe de Notre-Dame-de-l’Atre s’appelle, de son vrai nom, la Trappe de Notre-Dame-d’Igny, et elle est située près de Fismes, dans la Marne.
Les descriptions que j’en rapportai sont exactes, les renseignements que je relate sur le genre de vie que l’on mène dans ce monastère sont authentiques ; les portraits des moines que j’ai peints sont réels. Je me suis simplement borné, par convenance, à changer les noms.
J’ajoute encore que l’historique de Notre-Dame-de-l’Atre, qui figure à la page [321] de cet ouvrage, s’applique de tous points à Igny.
C’est elle, en effet, qui, après avoir été fondée en 1127 par saint Bernard, eut à sa tête de véritables saints, tels que les Bienheureux Humbert, Guerric dont les reliques sont conservées dans une châsse sous le maître-autel, l’extraordinaire Monoculus que vénérait Louis VII.
Elle a langui, comme toutes ses sœurs, sous le régime de la Commende ; elle est morte pendant la Révolution, est ressuscitée en 1875. Par les soins du Cardinal-Archevêque de Reims, une petite colonie de Cisterciens vint, à cet époque, de Sainte-Marie-du-Désert, pour repeupler l’antique abbaye de saint Bernard et renouer les liens de prières rompus par la tourmente.
Quant au frère Siméon, j’ai pris de lui un portrait net et brut, sans enjolivements, une photographie sans retouches. Je ne l’ai nullement exhaussé, nullement agrandi, ainsi qu’on semble l’insinuer, dans l’intérêt d’une cause. Je l’ai peint d’après la méthode naturaliste, tel qu’il est, ce bon saint !
Et je songe à ce doux, à ce pieux homme que je revis, il y a quelques jours encore. Il est maintenant si vieux, qu’il ne peut plus soigner ses porcs. On l’occupe à éplucher les légumes à la cuisine, mais le Père Abbé l’autorise à aller rendre visite à ses anciens élèves ; et ils ne sont pas ingrats, ceux-là, car ils se dressent en de joyeuses clameurs lorsqu’il s’approche des bauges.
Lui, sourit de son sourire tranquille, grogne, un instant, avec eux, puis il retourne se terrer dans le mutisme bienfaisant du cloître ; mais quand ses supérieurs le délient, pour quelques moments, de la règle du silence, ce sont de brefs enseignements que cet élu nous donne.
Je cite celui-ci au hasard :
Un jour que le Père Abbé lui recommande de prier pour un malade, il répond : — « Les prières faites par obéissance, ayant plus de vertu que les autres, je vous supplie, mon Très Révérend Père, de m’indiquer celles que je dois dire. »