Gemmas de lapidibus.

Que ces explications puissent sembler erronées, c’est bien possible, mais qu’importe ! Que plus fabuleuse encore nous apparaisse cette autre légende relatant qu’un scrupule de la pierre des sages a été caché par l’évêque Guillaume de Paris dans l’un des piliers du chœur que l’on reconnaîtra si l’on suit la direction de l’œil d’un corbeau qui le regarde, sculpté sur l’un des porches, il ne nous en chaut pas davantage ; ce qu’il sied simplement de retenir, c’est que, plus que ses congénères, Notre-Dame de Paris est mystérieuse, plus experte peut-être mais moins pure, car elle est à la fois catholique et occulte et elle greffe sur la symbolique chrétienne les réceptes de la Kabbale.

En tous cas, ces discussions ne prouvent-elles pas que, sauf de nos jours, cette basilique fut toujours envisagée telle qu’un traité de symbolisme, s’exprimant à mots couverts, parlant, à l’exemple du Christ, en paraboles ? Les archéologues, les architectes l’ont disséquée, ainsi que l’on disséquerait un cadavre ; c’est très bien, l’anatomie de son corps est désormais connue ; les romanciers, comme Victor Hugo, ont créé d’après elle un décor plus ou moins véridique pour y loger des personnages imaginés de toutes pièces, et cependant le poète a été le seul, alors, qui ait eu une vague intuition de la symbolique du moyen âge, lorsqu’il a écrit sa comparaison fantaisiste de la façade royale, trouée d’une grande fenêtre flanquée de deux petites, ainsi que le prêtre est flanqué, pendant la messe, du diacre et du sous-diacre, à l’autel. Il reste désormais à décrire, autrement qu’en un rapide abrégé, ses aîtres spirituels, sa vie intérieure, son âme, en un mot. La vraie monographie de notre cathédrale serait celle-là ; mais le positivisme architectural ne fait que s’accroître, et, malheureusement, le clergé s’éloigne de plus en plus de questions qu’il aurait pourtant intérêt à ne pas dédaigner.

Saint-Germain-l’Auxerrois

Elle fut ronde comme le temple du Saint-Sépulcre à Jérusalem et ceinte de fossés que remplirent de leurs cadavres les Normands qui l’assiégèrent, l’église que fonda, au sixième siècle, à Paris, saint Landry, sous le vocable de saint Germain d’Auxerre. Celle-là fut l’aïeule. Cent ans après sa naissance, elle tombait de vétusté ; le roi Robert la jeta bas et en reconstruisit une autre à sa place ; celle-là fut la mère. Elle devint, à son tour, caduque et, au treizième siècle, sur ses ruines, naquit l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois. Celle-là, c’est la fille ; elle vit encore.

Son enfance fut troublée ; elle grandit rapidement d’abord, puis, sa croissance s’arrêta pendant une centaine d’années et ne reprit qu’après. Le portail et le chœur étaient achevés à la fin du treizième siècle. Le quinzième érigea le porche, la nef, les collatéraux du chœur et le transept ; le seizième réédifia les chapelles, changea les dispositions du chevet, dressa le portail qui s’ouvre à gauche de l’abside sur la rue de l’Arbre-Sec, déroula devant l’autel un magnifique jubé, bâti par Pierre Lescot et sculpté par Jean Goujon ; et l’église, parvenue à sa pleine maturité, s’atteste, grâce au voisinage de la Cour, la plus fastueuse et la plus fréquentée de Paris.

Vint le dix-septième siècle qui, méprisant son allure gothique, omit de la dénaturer ; mais, moins dédaigneux, le dix-huitième siècle, qui la jugeait de forme désuète, résolut de la rajeunir.

En 1754, le curé et les marguilliers commencèrent par faire démolir le jubé, mais cette destruction ne modifiait pas la mine restée, pour eux, barbare, de la nef, et ils recoururent à un nommé Bacarit, architecte des écuries du Roi, en le priant de la civiliser. Il apprêta un plan, et le soumit à l’Académie des Beaux-Arts qui, dans un élan d’enthousiasme, s’écria que cet habile homme « savait marier, de la manière la plus heureuse, le genre moderne avec le gothique de l’église qu’il avait à décorer ».