L’on dirait que l’odeur particulière de tout l’édifice s’y concentre. Et en effet, lorsqu’on entre dans Saint-Germain, on y hume une senteur spéciale qui n’existe, semblable à Paris, que dans un autre sanctuaire, celui de l’Abbaye-au-Bois de la rue de Sèvres, certains jours, — une odeur de salpêtre relevée par une très fine pointe de cire consumée et d’encens. Là, dans l’abside, cet arome d’églisette de village, le dimanche après le salut, persiste surtout par les temps de pluie et vous aide à vous transporter bien loin de Paris et de cette place du Louvre, devenue l’un des plus bruyants lieux de rendez-vous des voitures à vapeur et des tramways.
Parfois, lorsque l’heure sonne à la tour voisine, le carillon qui l’accompagne de son cliquetis de verre brisé, vous suggère l’idée que l’on prie dans une église des Flandres. Et ces avatars successifs d’alentours — de temple Renaissance, de chapelle de bourgade et d’église flamande — font vraiment de cet obscur refuge un tremplin unique à Paris, de rêves.
Pour rester dans la réalité, l’on peut dater du seizième siècle cette abside ; elle est biscornue, de forme divagante ; la vérité est que ses chapelles sont refoulées, d’une part, par l’alignement de la rue qui les cerne ; de l’autre, elles sont entamées par le presbytère et la sacristie, si bien qu’elles vont de guingois, plus larges ou plus longues les unes que les autres.
Celles des deux bouts sont de vagues réduits, des carrés irréguliers dont les lignes verticales s’évasent ; les autres suscitent la pensée, là où sont percées les fenêtres, d’un triptyque ouvert, aux deux volets revenus en avant, pas repliés par conséquent le long du mur, avec une niche romane au-dessous de chacun d’eux. Il y a, en effet, sous les deux croisées des coins, deux petites cavernes plafonnées de voûtes en arc, creusées dans le bas des murailles et que l’on a remplies tant bien que mal, avec des pieuses statues de la rue Bonaparte, dont l’obscurité et la poussière effacent, Dieu merci, les traits.
Ces chapelles sont au nombre de cinq ; leur réunion dessine un demi-cercle à la ligne cabossée du haut ; elles sont placées sous le vocable de sainte Geneviève, des saints patrons du lieu : saint Vincent et saint Germain, du Tombeau, de la Bonne-Mort et de saint Landry.
Les deux branches finales du demi-cercle s’appuient, la première sur la porte de sortie de la rue de l’Arbre-Sec, la seconde sur la porte de la sacristie, ornée de fresques dont une, un saint Martin à cheval tranchant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre, est due à ce Mottez qui décora le grand portail de ses badigeons qu’abolirent, pour l’allégresse des artistes, de secourables soleils et de propices pluies.
De la chapelle Sainte-Geneviève, absolument sombre, tendue de toiles gondolées, teintes au cirage par Gigoux, rien à dire ; de la chapelle des Saints-Patrons où s’érige dans une niche le tombeau de la famille des marquis de Rostaing, agrémenté de deux seigneurs qui vous regardent à genoux et l’air béat, et, près de la rampe de communion, de deux statuettes neuves de sainte Anne et de saint Antoine de Padoue, tout se pourrait également omettre si ces fenêtres ne détenaient peut-être, avec celles de la chapelle voisine de la Bonne-Mort, les seuls vitraux qui, par leur sens de la symbolique, par leur science des tons, par leur étampe vraiment personnelle d’art, méritent qu’on s’arrête devant eux et valent qu’on les loue.
Dans ce Saint-Germain-l’Auxerrois qui n’a gardé, en fait de verrières anciennes, que quelques panneaux du quinzième et du seizième siècle, insérés dans les baies gothiques ou renaissance du transept et dans les roses, des panneaux dont les chairs des personnages sont le fond blanc même de la vitre et les vêtements de grandes taches de gomme-gutte de rouge lourd, de vert rude et de bleu dur — des carreaux fabriqués sous la monarchie de juillet bouchent toutes les ouvertures pratiquées dans les bas-côtés de la nef.
Et toutes les monographies exaltent un affreux vitrail, exécuté par Lusson dans la chapelle des Apôtres sur les dessins de Viollet-le-Duc ; toutes citent à l’envi les œuvres de Maréchal de Metz, amusantes par leur vert pistache et leur rose turc, peu usités dans les arts du feu, mais peintes comme de la peinture ordinaire, avec des couleurs si peu adhérentes, si mal cuites qu’ils s’éraillent à fleur de vitre et laissent pénétrer, ainsi que de vulgaires carreaux, le jour. Ce sont des aquarelles diaphanes, des peintures vitrifiées, c’est tout ce que l’on voudra, sauf des vitraux.