Leur art est discutable, mais c’est tout de même de l’art.

Au fond de cette chapelle, à laquelle on accède par trois arcades, se dresse un autel, avec fronton grec et colonnes corinthiennes filetées d’or au-dessus du tabernacle, une grande toile représente les pèlerins d’Emmaüs. Quand on pense à ce qu’un homme comme Rembrandt, a tiré d’un tel sujet, l’on demeure confondu devant ce tableau de Coypel. Imaginez, peint en une sorte de trompe-l’œil, un Christ accoutré d’une robe bleuâtre, assis devant une table, et esquissant un geste d’escamoteur, tandis qu’à droite, un individu penche sa tête sur cette table et qu’à gauche, un autre, à barbe blanche, le regarde, en rapprochant ses mains. Au premier plan, gravissant les marches d’un escalier, — car la scène se passe dans le vestibule d’un palais — un domestique, en caleçon rouge, monte les plats du souper. Enfin, au-dessus de ce Christ, au chef cerné d’une lueur de veilleuse qui fignole, un tourbillon d’anges plane dans les nuées rousses d’un plafond.

Cette toile nous montre tout ce que l’on voudra, sauf la scène des Evangiles. Sans le titre connu de l’œuvre, il serait impossible de savoir ce que signifie le geste du Christ.

Et cependant ce panneau de Coypel vous retient. Il réduit au rôle d’une anecdote mal contée, un passage magnifique des Ecritures, mais, en revanche, il décèle sous l’apparence facile, presque frivole de sa couleur, une solidité de peinture que les artistes religieux de notre époque ignorent.

De même pour les anges sculptés par les frères Slodz, en haut relief, au-dessus de deux portes, l’un tenant, à gauche, les tables de l’ancienne Loi et, l’autre, à droite, le calice. Pas plus que ces petites têtes, à collerettes de plumes, des amours sans corps qui les entourent, ces anges ne sont de purs Esprits. Ils figurent tout bonnement de jeunes adolescents demi-nus et dont les élégantes draperies s’envolent ; ce sont des païens accorts et distingués et ils triomphent dans cette chapelle où, pour leur servir sans doute de repoussoir, l’on a installé quelques statues modernes dont deux, un saint Pierre l’Ermite et un saint Antoine sculptés, en 1842, par Evrard, sont cependant viables.

Voilà l’apport du dix-huitième siècle, dans l’église bâtie au seizième en l’honneur de saint Merry.

Possédons-nous au moins tous les ornements dont cet âge dota l’église ?

Non, car Germain Brice nous donne une description de l’intérieur du sanctuaire, tel qu’il était de son temps, et il nous dit :

« On expose, les jours de fêtes principales, des tapisseries assez belles qui représentent la vie de Notre-Seigneur exécutées sur les cartons de Henri Lerembart, peintre du roi, dont les ouvrages avaient quelque beauté. »

Ces tapisseries ont disparu.