Il y avait aussi, ajoute-t-il, « une mosaïque en tableau qui représente la Vierge et l’Enfant, accompagnés de quelques anges ; ce morceau avait été rapporté d’Italie par Jean de Ganay, premier président du Parlement. »
Et il poursuit :
« A côté du chœur, près de la porte de la sacristie, on a construit un tombeau pour Simon Arnaud, marquis de Pomponne, mort ministre d’Etat ; la chapelle où ce monument se trouve est fort serrée ; et la quantité de figures et d’ornements qui y sont employés, ne produit pas tout l’effet que l’on pourrait désirer ; cet ouvrage est de Barthélemy Rastrelli, un Italien. »
Et il cite encore, comme inhumés dans cette église, Simon Marion, avocat général au Parlement et Jean Chapelain, « poète et bel esprit de son temps à l’Académie française ».
Les cendres de ces personnages ont été depuis longtemps dispersées et le monument du marquis de Pomponne est détruit ; reste la mosaïque qui a été transportée au Musée de Cluny.
Le bon Germain Brice professait les idées de son siècle sur le style gothique qu’il jugeait inutile et barbare. Aussi n’admire-t-il guère Saint-Merry qu’il exécute à la cantonade, déclarant pour tout éloge « qu’il est assez régulièrement distribué, mais triste et obscur et très malpropre ».
Venons-en maintenant à l’église même, telle qu’elle existe de nos jours. La description de la plupart de ses chapelles serait nulle ; les fresques qui couvrent les murs disparaissent dans l’obscurité, se voient à peine ; mais il ne faut pas regretter la prudence de cet éclairage, car il dissimule des œuvres qui ne nous apporteraient, au point de vue de la piété et de l’art, aucune aise. Les fresques de Chassériau qui parent l’oratoire de sainte Marie l’Egyptienne, sont molles et poussives ; elles ont été exécutées ainsi qu’un devoir commandé, sans plaisir. Quant aux autres panneaux plus visibles, tels que la Vierge bleue de Van Loo et la grande bâche de Marie Belle, « le sacrifice de réparation pour la profanation des saintes Espèces volées dans l’Eglise », elles gagneraient à s’effacer dans une bienheureuse pénombre, car cette Vierge est tiède et pourléchée et l’ouvrage de Belle, trempé dans la sauce d’une blanquette de veau, est, avec ses figures efforcées de prêtres à genoux, tendant la main vers une hostie et un ciboire renversé sur le sol, d’un dramatique pompeux et facile ; c’est du mélo de sacristie, de la sacerdotaille d’art.
En tout, trois objets, deux tableaux et un antique bénitier valent qu’on s’en occupe ; ils sont les seules pièces qui arrêtent, dans ce musée.
Le premier de ces tableaux est un portrait de Madame Acarie, placé au-dessus de l’autel qui lui est dédié sous le nom de la bienheureuse Marie de l’Incarnation. Ce portrait daté du dix-huitième siècle et dont l’auteur est inconnu resplendit au milieu des fades peintures de Cornu qui l’entourent. Cette image d’une femme un peu soufflée, au teint rose, vêtue de bure et contemplant une minuscule sainte Thérèse, apparue dans l’ovale rayonnant d’une auréole, nous rappelle que la fondatrice des Carmélites en France fut baptisée dans cette église, le 2 février 1566. Elle fréquenta Saint-Merry pendant toute son enfance, mais après son mariage, elle n’y vint plus régulièrement, car elle habita rue des Juifs, et son biographe Boucher nous apprend « qu’elle ne connaissait guère d’autre chemin que celui qui conduisait de sa maison à l’église Saint-Gervais, sa paroisse ».