Quant à Saint-Merry même, son histoire se confond pendant les époques qui suivirent le moyen âge avec celle des autres quartiers de Paris ; elle ne présente pas du moins de faits bien personnels et qui méritent d’être notés. Après avoir cité, pour mémoire, le vacarme nocturne de la taverne de « l’Epée Royale » qui, avant d’avoir sous la Régence servi de coupe-gorge au Comte de Horn, en mal d’argent, hébergea au dix-septième siècle les poètes crottés et fut l’un des cabarets littéraires à la mode de ce temps, il nous faut atteindre les mois de juin 1832 et de février 1848 pour discerner le nouvel et très spécial aspect que prennent ses rues.
En raison même de la sinueuse étroitesse de leurs lacis, elles étaient faciles à défendre et les émeutiers y dressèrent ces persévérantes barricades dont l’assaut a été magnifié par V. Hugo, dans des pages superbes des « Misérables ».
Il en fut de même en 1871 ; l’église, le presbytère, leurs caves surtout avaient été dévalisées par les soins du sieur Froissard, dit Court-en-Cuisses, commissaire de la commune ; le culte était interrompu ; le 24 mai, alors que l’insurrection était à peu près vaincue, les fédérés et les Vengeurs de Flourens se précipitèrent dans l’église, ivres de fureur et fous de vin. Ils résolurent d’incendier la nef ; pour sauver l’église, les habitants y apportèrent les gardes nationaux blessés que l’on soignait dans les maisons voisines. Ils n’en continuèrent pas moins d’enduire les murs de pétrole et ils allaient y mettre le feu, quand un bataillon du vingtième chasseurs arriva au pas de course et tua la plupart de ces brutes.
Saint-Merry avait, au demeurant, peu souffert. Il fut vite réparé et remis en l’état où nous le voyons actuellement. Il est, à vrai dire, pendant la semaine, bien désert, car c’est à peine si quelques sœurs, si quelques bonnes femmes viennent égrener leurs patenôtres devant le Saint-Sacrement.
On pourrait croire que la piété y est nulle. Il n’en est rien pourtant.
Cette paroisse a gardé une vie religieuse, sourde, dont on peut surprendre l’éclosion, le dimanche, et, l’une des seules de Paris maintenant, elle conserve une institution laïque qui est un des précieux reliefs du rit gallican, l’œuvre des Clercs de Saint-Merry.
Dans une très intéressante brochure sur cette confrérie, M. l’abbé Baloche fixe, à défaut de documents antérieurs, aux dernières années du dix-septième siècle, la fondation de ces clercs. A vrai dire, ils remontent aux premiers temps de l’ère chrétienne, ils sont de l’église primitive même où, sous la direction des presbytres et des diacres, les fidèles prenaient une part active à la vie du culte, en contribuant au service intérieur de la synaxe, en portant le viatique aux malades, en se communiant, eux-mêmes, chez eux, en élisant avec le clergé les Evêques. Plus tard, au douzième siècle, nous les trouvons prêchant avec l’assentiment de Rome dans des églises, et jusqu’au seizième écoutant, si le prêtre manquait, les confessions des personnes en danger de mort.
Et cette tâche était obligatoire. En cas de nécessité, il faut avouer ses fautes à son prochain s’il n’y a pas de prêtre, dit saint Bonaventure dans son huitième sermon sur les Rogations et, de son côté, saint Thomas d’Aquin déclare que la confession opérée dans ces conditions « est d’une certaine manière sacramentelle », bien qu’il soit impossible de parfaire le sacrement à cause de l’absence du ministre qui possède, seul, les pouvoirs rémissifs du déliement.
Bref, l’on peut affirmer que les laïques s’acquittèrent alors de toutes les fonctions qui n’exigeaient pas impérieusement le caractère sacerdotal, pour être validement remplies.