Ces prérogatives, ils en profitèrent tant que l’esprit de domination des Pontifes romains se contint et daigna ne pas considérer les simples chrétiens, ainsi qu’il le fait maintenant, comme ces épluchures du monde dont parle saint Paul ; mais peu à peu, sous l’impulsion du haut clergé, le peuple fut évincé du service divin ; il n’y eut plus que dans les pays qui suivaient un rituel différent de celui de Rome, que les paroissiens purent ne pas être dépouillés de leurs droits séculaires ; ailleurs, ils furent réduits au rôle de spectateurs muets, de simples assistants.
Cet état inévangélique, eut, en France, pour cause l’éternelle servilité des évêques. Sauf celui de Lyon, tous, sans y être forcés, pour être agréables à la personne de Pie IX, répudièrent l’antique liturgie des Gaules et adoptèrent avec le rit, le bréviaire romain, si peu varié, si sec et si froid, si dénaturé même dans le texte revu de ses séquences.
Sur leurs ordres, l’on arracha des antiphonaires la flore mystique de très vieux plants ; l’on extirpa, pour les jeter dans le fumier de l’oubli, ces merveilleuses gerbes, où s’épanouissaient, les jours de grandes fêtes, les ingénieuses hymnes d’Hilaire de Poitiers, de Prudence et de Fortunat, les proses magnifiques d’Adam de Saint-Victor, les admirables répons célébrant la Nativité de la Vierge, de Fulbert de Chartres.
Ce fut l’ovation du jardin bourgeois, le triomphe, sur toute la ligne, du géranium liturgique !
Ainsi que je l’écrivais naguère, dans « l’Oblat », les français détruisirent alors l’œuvre des artistes indigènes, brûlèrent en quelque sorte leurs primitifs.
Il n’est pas douteux que les bréviaires gallicans, le parisien surtout, n’eussent besoin de réformes. Dom Guéranger avait signalé très justement leurs défauts, leur manque de piété même. Et de fait, manié et remanié par les Harlay, les Noailles, les Vintimille, le bréviaire de Paris sentait le Jansénisme à plein nez ; il pouvait beaucoup moins servir aux catholiques qu’aux « appelants ».
Mais ce n’était pas une raison pour accepter celui de Rome qui n’est qu’un passe-partout, qui ne tient compte, ni des traditions, ni des coutumes, ni des différentes dévotions des diocèses ; il fallait reconstituer le Parisien, tel qu’il était au moyen âge, avant que les cuistres du dix-septième et du dix-huitième siècles, n’y eussent touché.
Il n’en fut rien ; et naturellement le cérémonial eut le même sort que le bréviaire dont il était le complément. Ce fut avec la suppression du bréviaire gallican la mort de son rit imagé et le renvoi de ces liturges laïques que l’on désignait alors sous le nom de « chapiers ou d’indus ». Ils disparurent et l’orgueil sacerdotal auquel, si bon qu’il puisse être, nul prêtre n’échappe, y trouva son compte.
Comment expliquer alors que Saint-Merry ait pu garder ce vestige d’un rituel périmé qui survécut d’ailleurs, pendant quelque temps encore, mais plus effacé, dans d’autres églises du même archidiaconé, telles que Saint-Nicolas-des-Champs et Sainte-Elisabeth, pour en citer deux ? Je ne sais. Il y eut, sans doute, jadis à Saint-Merry comme à Saint-Thomas d’Aquin où les chapiers n’existent plus, mais où l’on chante encore, pendant la Semaine Sainte, l’antique prose de l’ancien Parisien, le « Languentibus in purgatorio » un curé, épris des doctrines gallicanes, et qui sauva, de sa propre autorité, quelques débris des coutumes usitées dans son église. Et par désir de ne rien innover, par crainte de mécontenter les paroissiens, par ignorance peut-être, leurs successeurs ont laissé les choses en l’état et nous en profitons.
Mais en quoi consiste, au juste, le rôle réservé, dans leur sanctuaire, aux clercs de Saint-Merry ? Ils font office d’acolytes, de thuriféraires, de cérémoniaires ; ils remplissent les fonctions de diacres d’honneur aux grand’messes ; ils arborent donc la chape et quand ils n’officient pas, ils revêtent dans le chœur la soutane vermillon, la grande aube blanche et la ceinture cerise.