AVANT-PROPOS.

Nous publions la notice de Jehan de Paris, telle que M. Renouvier l'a écrite; il nous eût été fort difficile, d'ailleurs, d'en agir autrement, car les meilleures sources avaient été consultées & mises à profit. Nous avons pensé utile seulement d'ajouter comme appendice à ce travail, l'intéressante dissertation que M. J. Renouvier publia dans le Journal des Beaux-Arts (Anvers 1859), sur le portrait d'Agnès Sorel, attribué à Jean Fouquet, & exposé au musée d'Anvers. Peu de personnes ont été à même de lire ce travail, dans lequel se remarque à un haut degré la critique sûre & toujours clairvoyante de M. Renouvier.

Après cette étude sur Jehan de Paris, qui vient elle-même à la suite d'une notice sur Antoine Vérard, deux autres brochures sur des sujets analogues seront successivement publiées: Les Gravures sur bois dans les livres d'Heures de Simon Vostre, & des Portraits d'auteurs dans les livres du quinzième siècle. Nous sommes heureux d'annoncer que l'important travail que M. Jules Renouvier préparait depuis longtemps sur l'Art & ses institutions pendant la période révolutionnaire verra le jour. Tous les véritables amis de l'art se réjouiront avec nous de cette bonne nouvelle, & se joindront également à nous, nous en avons l'assurance, pour remercier la famille de M. Renouvier de cette pensée généreuse.

G. D.

JEHAN DE PARIS,
varlet de chambre
& peintre ordinaire des rois Charles VIII & Louis XII.

Entre les poètes & les peintres qui nous vinrent des Pays-Bas au moment de la décadence de la maison de Bourgogne, la gloire a fait d'étranges méprises. Les uns obtinrent facilement une célébrité qui nous semble usurpée; les autres tombèrent aussitôt dans un oubli que nous avons à cœur de racheter. Jehan Lemaire de Belges, disciple de Molinet, clerc de finances, secrétaire indiciaire & historiographe des trois plus puissantes dames de son temps, Madame Anne de France, Marguerite d'Autriche & Anne de Bretagne, est l'un des plus assommants versificateurs de complaintes historiques & allégoriques qui chantèrent les règnes de Charles VIII & de Louis XII; ni l'amitié de Guillaume Cretin, ni le témoignage de Pasquier, d'après lequel il est «le premier qui à bonnes enseignes donna vogue à notre poésie,» ni les éloges de Clément Marot[4] qui confesse avoir appris de lui la couppe féminine, c'est-à-dire l'élision, ne lui feront pardonner les hyperboles dont il fait sa prose aussi bien que ses vers. Mais, au nombre des allégories évoquées par sa muse, sont la Peinture & l'Orfévrerie; parmi les personnes dont il a gardé mémoire, sont des artistes; le patron le plus cher qu'il nomme dans ses épîtres est un peintre, l'un des plus excellents de notre école primitive, Jehan de Paris: ces mérites, uniques dans un auteur gothique, recommandent suffisamment son nom auprès des éplucheurs d'histoire & d'esthétique. Je ne suis pas le premier qui le prenne pour texte à ses gloses.

[4]

Adieu la main qui de Flandre en la France