—Oui, demain et tous les jours.

—Eh bien, c'est moi qui la monterai jusqu'ici.

Allah isselmec [Allah soit avec toi.]! dit-elle; quel est ton nom, pour que je puisse le bénir?

—Mohamed Ameur el Aïn des Aïth-Aziz.

Elle mit la main sur son coeur, et, fermant les yeux, elle reprit:

—Ce nom ne sortira jamais de là, pas plus que l'image de celui qui le porte.

Nous ignorons l'ivresse du vin, mais nous connaissons celle des figues. A l'époque de la récolte, par les beaux soirs d'automne, il arrive à ceux qui la font de s'enivrer a force de manger de ces fruits savoureux, à force surtout de parler, de rire et de s'ébattre au sein de l'abondance. Nous n'avions, nous, ni figuiers ni figues, et j'étais pourtant comme un de ces heureux. Je n'avais vu d'Yasmina que ses yeux; mais, étendu sur ma doukana [Couche kabyle.], je les apercevais au fond de l'obscurité comme deux étoiles scintillantes. Mes oreilles bourdonnaient; je ne pouvais dormir.

—Mohamed, tu ne dors pas, me dit ma mère; es-tu malade?

Je ne répondis pas et fis alors semblant de dormir. Je ne trouvai le sommeil que fort tard dans la nuit. J'étais debout au point du jour.

Bel-Kassem, qui traduisait fidèlement les paroles du narrateur, ne put à ce moment contenir son envie de rire: