Un matin,—j'avais dix-sept ans depuis la veille—je me dirigeai vers la demeure du vieux Salem. Un chaud soleil d'avril faisait éclater les bourgeons au bout des branches. Mon coeur bondissait dans ma poitrine; j'avais des ailes aux pieds. Ma bonne mère m'avait dit:
—Je ne sais en vérité comment nous ferons pour nourrir une femme et des enfants; mais tu le veux… va donc!
En me voyant ma bien aimée changea de couleur; elle devinait le but de ma visite. Quant au vieux Salem, il ne me fit aucun accueil; au contraire, son visage s'allongea:
—Que me veux-tu? dit-il brusquement.
—Je viens, lui répondis-je, te demander pour femme ta pupille Yasmina.
—Et quelle somme m'apportes-tu?
—Quelle somme? Tu sais bien que je ne suis guère plus riche que toi.
Mais à défaut d'argent, j'ai de bons bras, et j'aime cette jeune fille.
Je n'ai pas sans doute à t'apprendre que les battements de son coeur
répondent à ceux du mien.
—Ce que je sais, dit le vieux Salem en faisant une méchante grimace, c'est qu'Yasmina est un trésor, et qu'on ne l'obtiendra qu'en m'en offrant un bon prix. D'ailleurs, je remplis mon devoir de tuteur en ne la voulant pas vouer à la misère.
En arrivant là j'étais à mille lieues, je l'avoue, d'un semblable refus.
—Mais, objectai-je, votre pupille est une charge pour vous, et dans ma maison elle aura moins de privations à subir que dans la vôtre.