—Voici un jardin bien tenu, dis-je, je vous en fais mon compliment. Mais aussi quelle terre! Il ne lui faut pas d'engrais. C'est assez de jeter la semence et d'arracher les herbes gourmandes. Avec de l'eau, on ferait ici pousser des pierres.
—Elle ne te manque pas, n'est-ce pas, François? dit l'aga.
—Non, monsieur Ben-Ali-Chérif.
—Cette conduite nous amène l'eau du Djurjura que j'ai fait analyser. Elle est claire, fraîche et point du tout saumâtre comme celle de beaucoup de sources que vous rencontrerez dans la vallée; et vous ferez bien de n'y pas boire. Voulez-vous juger de la végétation dans l'Oued-Sahel? Regardez ces orangers; quel âge leur donnez-vous?
—Ils sont grands et forts comme des pommiers de vingt ans. Nous leur donnons cet âge-là.
—Ils ont six ans.
Nous nous récrions tous, incrédules.
—François, est-ce que je me trompe d'une année?
—Non, monsieur Ben-Ali-Chérif.
Dans une allée du jardin nous rencontrons un jeune homme de dix-huit ans. Sa taille est élevée, sa figure noble et bienveillante. Il s'incline devant nous et salue l'aga en l'appelant Sidi; puis il garde un silence respectueux. Notre hôte nous le présente: