—Eh! postillon, s'écrie le Général indigné, vous traitez ces braves gens en véritable Turc.
—Je mène la poste, Madame, ne vous l'ai-je pas dit? et si je devais m'arrêter toutes les fois qu'ils me barrent le chemin eux et leurs bêtes, nous n'arriverions pas aujourd'hui, mais demain. Ils doivent me faire place et le savent bien; mais ça les ennuie, ces messieurs, de se déranger pour des Roumis.
A Tizi-Ouzou [Le col du genêt épineux.], où nous arrivons vers cinq heures du soir, nous nous retrouvons en pleine France. La diligence s'engage dans une large rue bordée de maisons bien bâties et s'arrête devant un hôtel d'assez bonne apparence. Plusieurs indigènes s'offrent pour porter nos bagages. L'un d'eux, un beau garçon de dix-huit ans, à l'oeil vif, au front intelligent, nous fait le salut militaire:
—Madame, dit-il, vous plaît-il que ce soit moi?
—Oui, mais où as-tu donc appris à parler si poliment?
—A l'école de Tizi-Ouzou, Madame, et puis mon père est un des spahis du commandant.
—Sais-tu lire?
—Sans doute; écrire aussi, et calculer.
Le Philosophe s'écrie, transporté:
—Tous les fusils et tous les canons de France pour un maître d'école!