—Eh! qu'importe? l'éclat des plus puissants empires du monde vaut-il la pauvreté républicaine?
—Chut! fis-je, nous sommes ici en France.
La résidence du commandant supérieur, vers laquelle nous nous dirigeons, occupe, avec les casernes de l'infanterie, la partie dominante du plateau. Là aussi on rencontre, en descendant vers la porte d'Alger, le bureau arabe, la maison des hôtes, la prison et l'établissement de l'artillerie.
Le colonel nous reçoit dans son cabinet où règne une simplicité antique: un bureau en bois peint, quatre chaises de paille, deux chaouchs [Huissiers.] kabyles: voilà tout. C'est un homme d'une cinquantaine d'années, à l'air intelligent, à la mâchoire énergique. La bienveillance couronne son front. On lit sur son visage qu'il a regardé plus d'une fois la mort en face, et qu'elle ne saurait le faire pâlir.
—Colonel, dit M. Jules, notre Nestor, nous voulons faire une petite excursion en Kabylie.
—Une grande, Monsieur, ajoute madame Elvire.
—Où voulez-vous aller, Madame?
—Sur le Djurjura, dans la neige, par le chemin le plus pittoresque.
—Ah! vous êtes Parisienne.
—De coeur, sinon de naissance.