—Oui, Monsieur, ajouta le postillon, des perdrix rouges.
—Que n'ai-je mon fusil! dit M. Jules en soupirant.
—Quoi! exclama le Général, tuer ces pauvres petites bêtes!… et devant moi!
Le Caporal s'enfonça repentant dans son coin.
Tout à coup le décor change.
Quel fléau a passé par ici? Quel Vandale a piétiné le tapis de velours brodé par la fée? Plus une fleur, plus un brin d'herbe! Quel sauvage a arraché leur robe verte à ces arbres dont les troncs et les bras nus se tordent d'un air désespéré? Pas un oiseau, pas un insecte! Le silence de la mort règne dans ces lieux désolés que recouvre aussi loin que s'étend la vue un linceul de poussière grise et noire.
—Ce sont ces coquins d'Arabes, dit le postillon, qui ont mis le feu aux broussailles du côté de la mer, il y a quinze jours environ. L'incendie, poussé par le vent, prit sa course d'une telle vitesse, que mes chevaux, lancés au grand galop, pouvaient à grand'peine le devancer. Nous venions de Tizi-Ouzou, et ce diable de feu se mit à nous poursuivre aux approches de l'Alma. Je vous réponds que je n'avais pas besoin de jouer du violon à mes bêtes. Le curieux de l'histoire, c'est que devant nous, à deux ou trois cents mètres, sur la route, galopait un lion…
—Un lion! en êtes-vous bien sûr, postillon, et n'était-ce pas aussi un lapin?
—Un vrai lion, Madame, de la grande espèce fauve: car il y a aussi le lion noir qui est moins grand et moins commun, sinon moins dangereux.
—Et duquel, mon ami, eûtes-vous le plus peur, de ce diable de feu ou de ce grand lion fauve?