Hutchins et le docteur réunirent leurs efforts pour me redresser.
Quand ce fut fait :
— Lâchez maintenant ! commanda Atherton.
La vie n’avait pu, tout naturellement, revenir d’un seul coup dans mon corps, qui, dix jours durant, avait été comme mort. Le résultat en fut que, n’ayant sur ma matière aucune influence, je flageolai sur les genoux, tanguai en des torsions diverses et, finalement, vins m’écraser le front contre le mur de ma cellule.
— Vous voyez bien ! dit le capitaine Jamie.
— Oui, oui, bien joué ! s’obstina le gouverneur Atherton. Cet homme a du cran, je le reconnais. C’est un simulateur admirable !
— Vous parlez d’or, gouverneur, murmurai-je, allongé par terre. Je l’ai fait exprès. C’est une chute de comédie. Relevez-moi encore et je recommencerai. Je vous promets beaucoup à rire…
Je ne m’attarderai pas sur la torture que j’éprouvai, comme les fois précédentes, par suite du retour de la circulation du sang. C’était déjà pour moi une vieille histoire, qui régulièrement allait se renouveler à chaque période de camisole. Les marques indélébiles que cette intense souffrance a creusées sur mon visage, je les emporterai à la potence.
Quand, enfin, ils me laissèrent seul, je restai étendu par terre tout le reste de la journée, hébété, dans un demi-coma. Il y a une sorte d’anesthésie de la douleur, engendrée par la douleur même et par son excès. J’ai connu cette anesthésie.
Vers le soir, je réussis à me traîner, çà et là, sur le sol de ma cellule, sans pouvoir me tenir debout. Je bus beaucoup d’eau — comme le petit Jesse assoiffé, étendu sur le sable brûlant. Ce fut le lendemain seulement que, par un effort puissant de ma volonté, je me décidai et parvins à manger l’horrible pain que l’on m’avait laissé.