— Ce n’est pas cela, lui dis-je. Vous avez certainement remarqué mon sourire. Et vous n’avez point, sans doute, oublié notre petit pari. Avant de me délacer — ce qui n’est pas autrement urgent — donnez donc à Morrell et à Oppenheimer le tabac Bull Durham et le papier à cigarettes que vous avez promis. Pour que vous fassiez bonne mesure, voici un autre sourire…
— Oui, oui, je connais les bluffs familiers aux animaux de votre espèce, déclara, d’un air sentencieux, le gouverneur Atherton. Vous n’en serez pas plus avancé ! Je ne sais ce qui me retient de vous battre, vous qui battez tous les records de la camisole.
— Le fait est, opina le docteur Jackson, que je n’ai jamais entendu parler d’un homme qui sourit, après dix jours de ce traitement.
— C’est du bluff ! je le répète… répondit le gouverneur. Délace-le, Hutchins.
Je murmurai derechef, car la vie en moi était devenue si faible, qu’il me fallait réunir le peu de forces qui me restaient, et y joindre toute ma volonté, pour pouvoir émettre seulement ce murmure :
— Pourquoi cette hâte, gouverneur ? Oui, pourquoi cette hâte ? Je n’ai pas de train à prendre. Et je suis si diantrement à l’aise dans ma situation que je préfère, mille fois, n’être pas dérangé.
On me délaça cependant et on me roula sur le sol, hors de la fétide camisole, comme un paquet inerte et impuissant.
Le capitaine Jamie se pencha sur moi.
— Je ne m’étonne pas, dit-il, qu’il se trouvât bien là dedans. Il ne sent rien. Il est paralysé.
— Paralysé comme votre vieille grand’mère ! ricana le gouverneur. Du bluff ! vous dis-je. Mettez-le un peu sur ses pieds et vous verrez s’il ne tient pas debout.