J’enregistre fidèlement les déclarations de cet homme et j’affirme que jamais, dans mon existence de Darrell Standing, je n’avais auparavant lu une seule ligne, entendu une seule parole se rapportant à la caravane du capitaine Fancher, qui périt aux Prairies-des-Montagnes.

Tous ces faits, cependant, dans la camisole de force de la prison de San Quentin, sont revenus à ma mémoire. Il est évident que je n’ai pu les tirer de rien, pas plus que je n’ai pu créer la dynamite que l’on me réclamait.

Si donc j’ai eu connaissance de ces événements, la seule explication plausible est qu’ils avaient subsisté dans mon esprit immortel qui, contrairement à la matière, ne saurait périr.

Je dois également déclarer, en terminant ce chapitre, que Matthew Davies m’a encore déclaré ceci. Quelques années après le massacre, dont la nouvelle avait transpiré, Lee fut arrêté par la police du gouvernement des États-Unis, condamné à mort et reconduit, pour y être exécuté, à l’endroit même où notre caravane avait campé.

CHAPITRE XV
RÊVES D’OPIUM OU RÉALITÉS ?

Quand, au terme de mes premiers dix jours consécutifs de camisole, je fus ramené à la vie consciente par le pouce du docteur Jackson, qui pressait, pour l’écarter, une de mes paupières, j’ouvris successivement mes deux yeux et, tournant mon visage vers le gouverneur Atherton, j’eus le sourire.

— Trop misérable pour vivre et trop vil pour mourir !

Telle fut l’appréciation flatteuse qu’il porta sur moi.

— Les dix jours sont achevés gouverneur…

— C’est bon, grommela-t-il. Nous allons vous délacer.