Lady Om me murmura à l’oreille :
— C’est maintenant, ô mon Roi…
Puis, rapidement, elle se détourna pour implorer une aumône de Chong-Mong-ju, qu’elle feignait de ne pas reconnaître.
Je n’ignorais pas ce qui se passait dans sa pensée. Cette pensée ne nous avait-elle pas été commune, pendant quarante ans ? Et l’heure de son aboutissement était enfin arrivée.
Alors, moi aussi, j’affectai de ne point reconnaître mon ennemi. Simulant une sénilité stupide, je rampai dans la poussière, comme Lady Om, vers la litière, en pleurnichant pour la grâce d’une charité.
Les serviteurs de Chong-Mong-ju s’apprêtaient à me repousser. La voix chevrotante du maître les retint. Je le vis qui se soulevait sur un de ses coudes, en tremblotant, et qui, de son autre main, écartait tout grands les rideaux de soie. Sa figure flétrie s’illumina d’un éclair joyeux, tandis qu’il nous couvait du regard.
Lady Om murmura de nouveau, à mon oreille, son chant lamentable de mendiante :
— Maintenant, maintenant, ô mon Roi !
Tout son fidèle et impérissable amour, toute sa foi dans ma suprême entreprise étaient enclos dans son chant et dans sa voix.
Et la colère rouge monta en moi. Vainement j’essayai de lutter et de me débattre contre elle. Et, dans ce combat, je fus saisi d’un tremblement de tout mon être.