Ces bons murs, épais et solides, que j’avais, à droite et à gauche, à portée immédiate de ma main, empêchaient l’espace de bondir sur moi, comme une bête fauve. L’agoraphobie est une terrible maladie. Je plains sincèrement ceux qui en sont atteints. Du peu que j’en ai tâté, je ne crains pas d’affirmer que la surmonter est plus difficile que d’accepter la pendaison.

....... .......... ...

Je viens de me faire une pinte de bon sang. Le médecin de la prison, imaginez-vous, un homme fort sympathique au demeurant, est entré dans ma Cellule de Mort, pour faire un brin de causette avec moi… et m’offrir incidemment ses bons offices. C’est à dire une dose suffisante de morphine, qu’il me fournirait, et que j’absorberais pendant la nuit. Demain matin, m’a-t-il affirmé, je ne me rendrais même pas compte que je marche à la potence.

J’ai décliné sa proposition. J’en ai ri aux éclats.

Je me souviens du cas de Jake Oppenheimer, que l’on m’a conté. Lui non plus, n’a pas eu peur de la mort.

Son dernier matin venu, et son petit déjeuner terminé, comme il était déjà dans sa chemise sans col, les reporters furent introduits dans sa cellule, curieux de recueillir ses dernières paroles. Écoutez comment il les mystifia.

Comme ils lui demandaient ce qu’il pensait de la peine de mort — poser une question semblable à un homme qui va mourir et que l’on va voir mourir, c’est, vous l’avouerez, un toupet de sauvage — il leur répondit, beau joueur comme il l’avait toujours été dans sa vie :

— Gentlemen, je pense vivre assez pour la voir un jour abolie…

Ça, c’était tapé !

J’ai vécu d’innombrables existences et je puis affirmer que, depuis la création du monde, la barbarie humaine n’a pas fait un pas vers le progrès. Nous avons mis sur elle, au cours des siècles, un léger vernis. Rien de plus.