« Tu ne tueras point… » a proclamé la Loi divine. Du bluff ! La preuve en est qu’on me pendra demain matin. Dans les arsenaux de toutes les nations se construisent, à cette heure, des canons et des navires, dreadnoughts et superdreadnoughts, et mille instruments savants, destinés à tuer. « Tu ne tueras point… » Bluff ! Bluff ! Bluff !
Nos femmes, à l’Age de Pierre, étaient plus vertueuses que ne sont les nôtres aujourd’hui. Nous ne mangions pas d’aliments frelatés, empoisonnés par un mercantilisme éhonté. Les filles des pauvres n’étaient point condamnées, pour vivre, à la prostitution. La prostitution était inconnue.
Je vous ai conté ce qu’au début du vingtième siècle après Jésus-Christ, j’ai enduré dans mon cachot, et toutes les tortures de la camisole. Jamais je n’ai connu, dans les siècles passés, de tourments équivalents.
Nous sommes aussi sauvages que nos premiers ancêtres. Mais ceux-ci, quand ils tuaient, le faisaient franchement et le front levé, ils acceptaient la responsabilité de leur acte. Nous, nous avons adjoint à nos meurtres l’hypocrisie. Nous ne nous cachions pas, autrefois, derrière l’autorité des philosophes, des prédicateurs subventionnés et des professeurs de droit.
Il y a cent ans, cinquante ans, cinq ans seulement, les voies de fait n’entraînaient pas, aux États-Unis, la peine capitale. Aujourd’hui, Jake Oppenheimer a été pendu en Californie, pour ce seul délit. Et moi je vais l’être, pour un coup de poing sur le nez d’un homme. Voilà le progrès, bonté divine !
Mais, si les singes et les tigres étaient soumis à un pareil régime, il y a longtemps que la race en aurait disparu ! N’est-ce pas votre avis ?
Seigneur ! Seigneur ! On plaint le Christ parce qu’il a été crucifié… Qu’est-ce que nous dirions alors, Oppenheimer et moi ?
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Comme Ed. Morrell me le frappait un jour avec ses doigts, « le pire usage qu’on puisse faire d’un homme est de le pendre ».
Non, je n’ai vraiment aucun respect pour la peine capitale. Et ce n’est pas seulement une mauvaise action pour les chiens pendeurs qui l’exécutent, moyennant salaire. C’est une honte pour la société qui la tolère, et paie pour elle des impôts.