« Être pendu par le cou, jusqu’à ce que mort s’ensuive… » Ainsi s’exprime le Code, dans sa phraséologie bizarre. Mais la pendaison est une chose sotte, stupide et, par dessus tout, antiscientifique. Voilà pourquoi elle me répugne.
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Le matin est arrivé. Mon dernier matin. J’ai dormi, toute la nuit, comme un enfant.
Dormi si paisiblement qu’à un moment le garde de la Mort s’en est effrayé. Il a cru que je m’étais étouffé sous mes couvertures.
L’inquiétude du pauvre homme faisait pitié. Son pain et son beurre étaient en jeu. Si j’eusse été réellement mort, il eût été mal noté, révoqué peut-être, et la perspective d’aller grossir le nombre des sans-travail est amère à cette heure.
L’Europe, m’a-t-on dit, liquide, depuis deux ans, un passif fort lourd. Ce sera ensuite le tour des États-Unis. Cela signifie une crise commerciale prochaine, une panique financière peut-être, et que l’armée des sans-travail fournira, l’hiver prochain, de plus longues queues aux distributions de pain des œuvres d’assistance.
On m’a apporté mon petit déjeuner. Cela paraît idiot, mais je l’ai absorbé de bon cœur. Le gouverneur m’a offert lui-même un litre de whisky.
Je l’en ai remercié et lui ai répondu qu’il veuille bien en faire don, de ma part, au Quartier des Assassins. Pauvre gouverneur ! Il craint, si je ne suis pas ivre, que je ne me rebiffe et mette du désordre dans la cérémonie, et que je ne lui adresse, devant les reporters, des reproches sur sa prison.
On m’a mis une chemise sans col…
Il semble que je sois devenu soudain un personnage important. C’est incroyable, le grand nombre de gens qui s’intéressent à moi…