Le docteur vient de sortir. Je lui ai demandé qu’il me tâte le pouls. Les battements sont normaux…

Je jette, au hasard, ces lignes sur le papier. Feuille par feuille, elles sortent des murs de la prison, par une voie secrète.

Je suis l’homme le plus calme de cette prison. J’ai l’air d’un enfant prêt à entreprendre un voyage. J’ai hâte de m’en aller, curieux des pays nouveaux que je dois voir. Pourquoi aurais-je peur de la mort, moi qui, si souvent, suis entré dans les ténèbres de la mort volontaire, pour en ressortir aussitôt ?

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Le gouverneur, à la place du litre de whisky, m’a expédié une bouteille de champagne. Je l’ai envoyée au Quartier des Assassins. Que de considérations l’on a pour moi, en ce dernier jour ! Étrange ! Étrange ! Ces hommes qui vont me tuer sont, j’imagine, épouvantés de ma mort. Ils tiennent à se mettre en règle avec leur conscience et je dois leur paraître un être supérieur, ayant déjà le pied dans l’Éternité.

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Ed. Morrell vient de me faire parvenir un petit mot. Il m’affirme qu’il a fait les cent pas, toute la nuit, devant le mur du Quartier des Condamnés à mort.

On lui a interdit, administrativement, de venir me faire ses adieux. Bandits ! Je le dis sans le savoir. Mais je le suppose. On a dû se défier de lui. Ces gens sont des enfants. Ils me tuent et, la nuit prochaine, lorsqu’ils m’auront allongé le cou, ils auront peur, pour la plupart, de rester dans l’obscurité.

Voici quel était le message d’Ed. Morrell : « Ma main est dans la tienne, vieux camarade ! Je sais que, même au bout de la corde, c’est toi qui auras gagné la partie. Ils n’auront pas eu la dynamite. »

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