Les reporters se sont éloignés. Je ne les verrai plus, la prochaine et dernière fois, que du haut du gibet, avant que le bourreau ne me cache la face sous le voile noir.
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Quelques lignes encore…
En les écrivant, je retarde la cérémonie. Le corridor est plein de fonctionnaires et de hauts dignitaires. Tous sont nerveux. Ils désirent, évidemment, en finir au plus vite. Sans doute plusieurs d’entre eux sont-ils attendus à déjeuner. Je les désoblige beaucoup en tenant encore ma plume…
Le prêtre m’a renouvelé sa demande de rester avec moi jusqu’à la fin. Le pauvre homme ! Pourquoi lui refuserais-je cette consolation ?
J’ai consenti, et maintenant il a l’air tout réjoui. Mon Dieu, qu’il faut peu de chose pour rendre heureux certains hommes ! Je pourrais m’attarder encore à en rire, pendant cinq joyeuses minutes, s’ils n’étaient pas si pressés.
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Je termine ici. Je ne puis que me répéter. Il n’y a pas de mort absolue. L’esprit est la vie, et l’esprit ne saurait mourir.
Seule, la chair meurt et passe, et, par l’effet de fermentations chimiques, se dissout et se transmute, pour renaître, comme une matière plastique, sous des formes nouvelles et diverses. Formes éphémères qui, à leur tour, périront pour renaître encore.
Qui serai-je quand je revivrai ? Voilà… Voilà ce qui me préoccupe… Qui serai-je et de quelles femmes serai-je aimé ?