— Écoutez le gosse ! s’exclama mon père, en riant. Ne croirait-on pas, à l’entendre, qu’il y est réellement allé ?
Je hochai la tête sans répondre, car je savais bien, quoique tout me parût différent de ce que j’avais vu, que j’y étais effectivement allé.
Mon père riait toujours, à gorge déployée. Quant au missionnaire, il pensait que je voulais me moquer de lui.
Il me tendit une troisième photographie.
Elle représentait un paysage âpre et dénudé, sans arbres presque, ni végétation, un ravin rocheux, où étaient groupées quelques misérables masures en pierres plates, avec des toits en terrasse.
— Maintenant, petit, me dit le missionnaire d’un ton railleur, qu’est ceci ?
Instantanément, je répondis :
— Samarie !
Mon père battit des mains, avec allégresse, ma mère semblait toute étonnée des choses bizarres qui se passaient, et le missionnaire, de plus en plus persuadé qu’on se moquait de lui, ne cachait pas son irritation.
— L’enfant a raison, dit-il. C’est bien Samarie, en Terre Sainte. J’ai moi-même traversé ce village, et c’est en souvenir que j’ai acheté cette photographie. L’enfant en aura vu d’autres exemplaires. C’est tout ce que cela prouve.