Le missionnaire me passa une quatrième photographie, que j’examinai avec soin. Je déclarai :

— Ce paysage est tout différent du précédent… Une colline est au centre de cette photographie ; il y en a d’autres, dans le lointain… Vers la droite, une route agreste, des jardins, des arbres, des maisons abritées derrière de gros murs de pierre… Vers la gauche, des trous dans des rochers, où sans doute on enterrait les morts… Ici, un endroit où l’on jetait des pierres aux gens jusqu’à ce qu’ils soient tués… Je ne l’ai jamais vu faire… On me l’a seulement raconté.

— Mais cette colline centrale… interrogea le missionnaire, en me montrant celle pour qui la photographie semblait avoir été prise. Peux-tu, petit, nous dire son nom ?

J’hésitai et hochai la tête.

— J’ai oublié. Mais je me souviens que là on exécutait les condamnés.

— Parfait ! Très bien ! approuva le missionnaire. Toutes les autorités savantes, les archéologues les plus compétents sont d’accord avec lui. La colline est le Golgotha et son faîte la Place des Crânes, soit à cause des crânes des condamnés qu’on y abandonnait, soit parce que lui-même est chauve et dénudé comme un crâne. La ressemblance est frappante, veuillez le remarquer. C’est là que l’on crucifia…

Il se tourna directement vers moi et, tout de go, demanda :

— Nous diras-tu, jeune savant, qui a été crucifié en cet endroit ? Le vois-tu aussi, celui-là ?

Je le voyais, oh, oui ! Mon père, quand plus tard il racontait cette histoire, disait que mes yeux se dilatèrent alors étrangement.

Pourtant je ne répondis point à la question qui m’était posée. Je me contentai de secouer la tête, avec obstination, et je dis seulement :