Puis le gouverneur Atherton essaya de diverses variantes. On me donna, à intervalles irréguliers, de la camisole et de la récupération de forces. Je ne savais jamais quand je devais entrer ou ne pas entrer en camisole. Tantôt j’avais dix heures de repos et j’en faisais vingt dans ma toile ; tantôt on ne me laissait que quatre heures pour respirer. En pleine nuit, alors que je m’y attendais le moins, ma porte s’ouvrait violemment et l’équipe de relève me laçait. Ou bien encore, pendant trois jours et trois nuits consécutives, huit heures de camisole alternaient régulièrement avec huit heures de récupération. Et, juste au moment où je commençais à m’habituer à ce rythme de mon supplice, on le modifiait soudain et on m’infligeait, d’un seul tenant, deux jours et deux nuits de camisole.
Toujours, durant ce temps, revenait l’éternel leitmotiv :
— Où est la dynamite ?
Et toujours, ne sachant à quel Saint se vouer, le gouverneur Atherton passait, de l’excès de sa colère, à des supplications presque. Toujours il faisait miroiter à mes yeux mille avantages, si je me décidais à parler.
Le docteur Jackson, maigre et sec comme un coup de trique, et qui n’avait de la médecine qu’une légère teinture, se montrait sceptique sur les résultats du traitement expérimenté avec moi. Il persistait à affirmer que la camisole, si souvent qu’on en usât, ne parviendrait pas à me tuer. Plus il affirmait cette opinion, plus le gouverneur Atherton se piquait au jeu et continuait.
— Les types de ce calibre, déclarait-il, sont des durs à cuire, c’est entendu. Mais je serai plus tenace encore. Tu m’entends bien, Standing, ce que tu as encaissé jusqu’ici n’est qu’un jeu d’enfant auprès de ce qui t’attend ! Tu ferais mieux de t’épargner ce qui te pend au nez. Tu sais que je suis homme de parole. Je t’ai dit déjà : « La dynamite ou la mort ! » Rien n’est changé. Fais ton choix.
Tandis que Face-de-Tourte, le pied dans mon dos, serrait dur et que, de mon côté, je gonflais mes muscles pour tricher sur l’espace respirable, je tentai de balbutier :
— Je vous répète que ce n’est pas pour mon plaisir que je m’obstine à me taire. Il n’y a rien à avouer. Je couperais moi-même, en cet instant, ma main droite, pour avoir la satisfaction de vous conduire auprès de n’importe quelle dynamite.
Atherton ricana :
— C’est bon, c’est bon… J’en ai déjà vu des comme toi, qui ont des crampons dans la tête, pour s’accrocher envers et contre tous à leur marotte. Tu es comme les chevaux rétifs. Plus on tape dessus, plus ils se rebiffent. Allons, Jones, serre encore un peu, je t’en prie ! Un cran de plus !… Standing, si tu n’avoues pas, tu y laisseras ta peau. C’est mon dernier mot.