A ce régime, je connus que sa rigueur même avait sa compensation. Plus l’homme s’affaiblit, moins il est susceptible de sentir la souffrance. La douleur s’émousse dans un corps débile. Les hommes les plus forts sont ceux aussi sur qui les maladies sont les plus violentes, on sait cela. Et, à mesure que l’énergie vitale se consume, les réactions sont moins aiguës. C’est ce qui se passa en moi. Je devins, peu à peu, une sorte de loque filamenteuse et inerte, qui s’obstinait à vivre.

Morrell et Oppenheimer, qui savaient quel traitement je subissais, en étaient navrés pour moi. Ils m’envoyaient, par d’incessants tapotements, leurs conseils et leurs marques de sympathie. Oppenheimer me disait qu’il avait connu pire encore, et que pourtant il n’en était point mort.

— Ne leur permets pas de te dominer, Standing ! épelait-il des doigts. Tiens-leur tête et ne te laisse pas mourir. Ils en seraient bien trop ravis. Et surtout vends pas la mèche ! Moins que jamais !

Couché sur le dos, dans ma camisole, je ne pouvais répondre qu’avec le pied. Du bord de ma semelle, je tapotais en réponse :

— Il n’y a pas, je te l’ai déjà dit, de mèche à vendre. Je ne sais rien, rien, rien.

— Entendu et compris ! approuva Oppenheimer.

Et il continua, à l’adresse d’Ed. Morrell :

— Standing est épatant !

Comment voulez-vous que je pusse arriver à convaincre le gouverneur Atherton, puisque Oppenheimer lui-même ne savait qu’admirer ma force d’âme à garder mon secret ?

Lorsque je dormais, je me mettais aussitôt à rêver. Ces rêves avaient entre eux une remarquable cohésion. Échafaudés sur une base réelle, ils se rapportaient toujours à mon ancien métier d’agronome.