Je secouai la tête avec énergie, devinant que j’étais destiné à une autre mission, non moins glorieuse que la précédente.

— Jesse, continua-t-il, as-tu peur de ces sacrés Mormons ?

Profitant de l’occasion qui s’offrait à moi d’épancher ma bile, sans craindre le revers vengeur de la main maternelle, je m’écriai, avec conviction :

— Non ! Je n’ai pas peur de ces sacrés Mormons !

Je vis, à ma réponse, un sourire triste plisser les lèvres serrées de mon père. Il reprit :

— En ce cas, Jesse, veux-tu aller à la source, avec Jed, chercher de l’eau ?

J’exultai.

— Nous allons vous habiller tous deux en filles. Peut-être, alors, ne tireront-ils pas sur vous.

Je protestai, et insistai, que je pouvais fort bien aller tel que j’étais, comme un homme, un homme véritable, en pantalon. Mais mon père déclara que, si je refusais d’obéir, il trouverait un autre petit garçon pour accompagner Jed. Alors je cédai.

On tira, du chariot des Chattox, un coffre que l’on amena, et qui contenait les robes du dimanche de leurs deux jumelles, qui étaient à peu près de la même taille que Jed et moi. Quelques femmes vinrent nous aider à les revêtir. Les robes n’avaient pas été sorties du coffre depuis notre départ de l’Arkansas.