Sans plus attendre, il expliqua à M. Degobemouche ce qu’il voulait. Les hauts fourneaux, les usines devaient continuer à travailler pour l’Allemagne. Le directeur serait personnellement responsable de tout arrêt de la production.

A ces mots, les dernières illusions de M. Degobemouche s’envolèrent. Dans sa poitrine, un cœur nouveau s’anima.

— Jamais, répondit-il à Kindermorder, en le regardant avec mépris. L’Allemand se contenta de répliquer durement qu’il savait ce qu’il lui restait à faire.

Le métallurgiste le savait pareillement. Une pensée ne le quittait plus : contre son fils soldat, l’ennemi voulait le contraindre à forger des armes. Eh bien ! lui aussi, à sa manière, il combattrait. Il savait le moyen d’inonder la plus riche et la plus prochaine de ses mines. La nuit venue, il s’y rendit à pas de loup. Mais les abords en étaient gardés et les sentinelles l’arrêtèrent.

Aussitôt Kindermorder fit déporter M. Degobemouche dans un camp d’otages de la Prusse orientale. Il y est mort de mauvais traitements.


Le lieutenant Guy Degobemouche est revenu de la guerre avec le ruban rouge, une croix de guerre couverte de palmes et deux graves blessures dont il souffrira toujours. Il a perdu son père et combien de ses parents et de ses camarades ! Sa fortune, tout entière en pays occupé, a disparu.

— Me voici aussi pauvre que l’avait été mon aïeul le tisserand de Reims, dit-il un jour en souriant à l’infirmière qui l’avait soigné et guéri. Toute ma vie est à recommencer.

Et il ajouta en soupirant :

— Quelle femme sera assez courageuse pour la recommencer avec moi ?