Alors la nièce de Théodose, enhardie elle-même par ces propos, reçut de Cybèle qui avait ordonné à Athys de mutiler sa propre chair, une inspiration qui devait lui coûter la vie. S’approchant de la statue sacrée, elle s’empara du collier de la déesse et le mit par défi à son cou.

La jeune troupe applaudissait lorsque des cris lugubres se firent entendre. Une vieille femme couverte d’un voile parut, et, lançant contre Serena des injures cruelles, lui reprocha son impiété et sa profanation. On sut par la suite que c’était une ancienne vierge de Vesta, dont les lois avaient fermé la maison, et qui, dans le temple solitaire, venait adresser ses prières aux dieux abandonnés, seul culte qu’ils eussent désormais le droit de recevoir. En vain s’efforçait-on de lui fermer la bouche. La vestale abondait en malédictions. Alors Aurélius et Curculio l’entraînèrent et délivrèrent Serena de son odieuse présence. Mais tandis que la folle descendait les degrés du temple, se retournant encore vers Cybèle, elle supplia la déesse de ne pas laisser le sacrilège sans vengeance et de punir Serena, son époux et ses enfants.

Vibullius avait disparu, déchiré de remords et incapable de supporter la douleur de la vestale. Serena elle-même, tout en affectant le dédain, avait perdu son assurance. Cependant, par orgueil, elle garda à son cou le collier de Rhéa. Mais, dans la nuit, un génie lui apparut qui lui prédit sa mort prochaine. Depuis, soit qu’elle dormît soit qu’elle fût éveillée, elle revit souvent le même spectre. Et, comme son âme était forte, elle se reprochait d’être encore accessible aux superstitions des païens.


Stilicon avait vaincu Alaric à Pollentia et Radagaise à Fésules, mais il n’avait pas désarmé l’hostilité des évêques, tandis qu’il restait suspect aux païens. Alors, ses ennemis, ne pouvant mettre à sa charge aucune défaite, insinuèrent qu’il n’achevait jamais ses victoires afin de se rendre nécessaire. On se rappela aussi qu’il était de naissance barbare. En peu de temps, le sauveur de Rome devint un brigand public. Abandonné de tous, il tendit lui-même sa gorge à l’épée d’un officier qui reçut en récompense le commandement de l’armée de Numidie.

Stilicon était un grand esprit et un grand cœur. Ce fils d’un soldat vandale, passionnément épris du nom romain, rêvait d’unir les chrétiens et les païens dans l’amour de la patrie. C’est pourquoi, n’ayant contenté personne, il fut taxé de trahison.

Veuve et privée de ses biens, Serena vivait pauvrement à Rome, levant une tête encore fière sous le malheur, lorsqu’après peu de temps Alaric parut devant la ville. Alors la panique régna. On n’accusa pas les généraux incapables mais bien notés parce qu’ils n’étaient suspects ni de paganisme ni d’hérésie et qui n’avaient pas su arrêter la marche des Goths. Le bruit courut que Stilicon lui-même, ayant échappé à la mort, se trouvait au camp ennemi et que ses complices s’apprêtaient à lui ouvrir les portes. Serena comparut devant le Sénat assemblé et, condamnée à la peine capitale, fut étranglée dans sa prison.

Les mains du bourreau suivirent le cercle que le collier de Cybèle leur avait tracé. Et les païens ne manquèrent pas de dire que la déesse-mère s’était vengée et que les malédictions de la vestale s’étaient accomplies. Cependant les auteurs chrétiens se sont tus. Car, ainsi qu’ils l’avaient redouté, et pendant plus d’un siècle encore, le châtiment de Serena prolongea le polythéisme sous le chaume crédule du pâtre et du laboureur.

LES PERPLEXITÉS DE NANNÉNUS

Nanneno igitur, pensante fortunarum versabiles casus, ideoque cunctandum esse censente, Mallobaudes, alta pugnandi cupiditate raptatus, ut consueverat, ire in hostem differendi impatiens angebatur.

Ammien Marcellin, XXXI, 10.