Cependant, à Nîmes, à la fin du XVIe siècle, je ne trouve aucune distinction entre les fonctions de diacre et d’ancien. Tout d’abord, les diacres n’ont pas la direction des finances de l’église: en effet, les receveurs des deniers des pauvres et des deniers de l’église sont, au contraire, choisis parmi les anciens[152]; de plus, un synode provincial déclare responsables de l’entretien du pasteur les diacres et les anciens indistinctement[153], et cette décision est acceptée théoriquement par l’église de Nîmes[154]. Les diacres n’ont pas davantage le devoir particulier de s’occuper des pauvres, car le 16 janvier 1602, le consistoire charge chaque «ancien» d’apporter le rôle de ses pauvres[155], et l’hôpital est visité par «ung ministre accompagné d’aulcungz du concistoyre[156]», non pas spécialement de diacres.—Quant aux fonctions pastorales dont nous parle Viret, elles semblent passer aux proposants: la lecture en chaire est faite par des écoliers[157].—En outre, je ne trouve dans le registre aucune mention des diacres-catéchistes dont parle M. de Felice[158] (et à propos desquels il signale d’ailleurs que leurs fonctions tendent à passer aux proposants[159]), ni aucune trace de charges spéciales données aux diacres pendant la Cène[160].—Enfin, ceux-ci sont députés aux colloques et synodes au même titre que les anciens[161].
On peut conclure de tout cela que la distinction primitive entre les deux charges de diacre et d’ancien est, à cette époque, complètement abolie dans l’église de Nîmes.
Le nombre des membres d’un consistoire change suivant les lieux et même suivant les époques. Ainsi, à Nîmes, en 1596, il y a quatorze anciens[162], mais les années suivantes, on en trouve quinze[163]; à Codognan, il n’y a que six anciens[164], de même à Junas[165]; à La Salle, leur nombre oscille entre onze et quatorze, suivant les années[166]. La proportion des diacres et des anciens est variable également dans le consistoire. A Codognan, ils ne sont pas distingués et les membres sont tous compris sous la dénomination d’«anciens[167]». A Junas, il se trouve un seul diacre pour cinq «surveillans[168]». A Nîmes, il y a régulièrement un diacre pour deux anciens[169].
Les élections se font à divers moments de l’année. A Codognan, les membres nouveaux entrent en charge en juillet, en août, en octobre, en novembre ou en décembre indifféremment, et ceci dans un intervalle de treize ans[170]. A Montdardier, comme à Nîmes, c’est à la fin et au commencement de l’année que se fait l’élection[171]. Le 5 janvier 1601, le consistoire de Nîmes décide qu’il est temps de changer les anciens «suyvant la coustume»; on commence par exhorter «tous ceulx du concistoire estans présens de demeurer pour l’année prochaine»; ceux qui refusent donnent leurs raisons, et on les remplace à la majorité des voix; les autres sont «continués» dans leur charge[172]. Il est donc non seulement licite, mais encore recommandé aux anciens de rester en charge pendant plusieurs sessions. Et pourtant, l’on en voit assez rarement qui persistent plus de deux ou trois ans dans leur emploi. Voici, il est vrai, à Codognan, «le sieur Valete» qui reste au consistoire pendant quatorze années consécutives[173]. Mais de pareils cas sont rares et il est à croire que les fidèles ne tenaient pas, en général, à conserver une charge qui ne laissait pas de nuire à leurs occupations.—A chaque nouvelle session, quelques-uns des anciens «vieux» étaient «continués[174]» dans le but de mettre les «nouveaux» au courant des affaires. C’est du moins cette raison qu’alléguait le consistoire de La Salle pour, deux fois l’an, se renouveler par moitié seulement[175].
A Nîmes, la durée du mandat était de douze mois[176]. C’était les membres sortants qui choisissaient les nouveaux à la majorité des voix[177]. A l’origine, le peuple avait élu les anciens par acclamations[178]. Puis, suivant une marche naturelle aux institutions, l’élection était tombée aux mains d’une oligarchie: le consistoire lui-même. Le très vague article du synode de Nîmes (1601), recommandant aux consistoires d’user «de prudence en la nomination des anciens, pour empescher l’ambition qui sourdroit en l’église», s’ils ne procédaient «avec la discrétion qui y est requise[179]», ne diminuait pas beaucoup leur liberté.
Les anciens étaient choisis dans toutes les classes de la société. Chacun pouvait être élu à la condition de jouir d’une honorabilité parfaite. J’ai recherché, d’après le livre de M. Puech, qui nous donne une étude de l’état des personnes à Nîmes à la fin du XVIe siècle[180], quelles étaient les professions des membres du consistoire pendant les années 1596 à 1602. Il en est un certain nombre dont je n’ai pu retrouver le rang social, c’est qu’ils ont passé dans l’histoire sans laisser de traces. Mais quelque imparfait qu’il soit, le tableau suivant peut servir à montrer que toutes les classes de la société nîmoise concouraient à former le consistoire[181].
Qualité des membres du consistoire de Nîmes de 1596 a 1602[182].
| 2 nobles |
| Daniel Arnaud, sgr. de la Cassagne(p. 60); Pierre de Vestric, sgr. de {Favier (p. 107). |
| 12 avocats |
| Le commis Jacques d’Agulhonet(p. 121); Claude Blisson (p. 122);Jacques Bonhomme (p. 125);Bosquier (p. 125); Guillaume deCalvière, sgr. de Saint-Cézaire deGauzignan (p. 125[183]); JacquesDeyron (p. 61); Anthoine Davinp. 127); Falcon (pp. 60, 128[184]);Pierre Lansard (pp. 60, 130);Maltrait (p. 130); Mazaudier(p. 131); Pierre Unal (p. 134). |
| 7 bourgeois |
| Guidon Cheyron (p. 147); PierreDumas (ib.); Antoine Duprix (ib.);Jean Gaissac (p. 148); Vidal Martin(ib.); Laurens Salveton (p. 60);Antoine du Vieulx (p. 147). |
| 6 marchands |
| Jean Bourges (p. 152); Jean ou PhilippeCappon (ib.[185]); sire Claude deCombes (ib.); Jacques ou Antoine[186]Crozet (pp. 147, 152); DanielManuel (p. 152); Jean Surian (ib.). |
| Aucun médecin | ||
| Aucun chirurgien | ||
| 1 apothicaire | David Guiraud (p. 167). | |
| 2 praticiens | Claude Pujol (p. 194); Vidal de Salhens (ib.). | |
| 2 greffiers | Jean Boschier (p. 194); Bauzile Fontfroide (ib.). | |
| 2 notaires | Dostaly (p. 194); Anthoine Sabatier (ib.). | |
| 3 «gens des arts et métiers» |
| Louis Baudouin (p. 282); Jehan André, dit Radel (p. 257);Veyras le vieux (p. 263). |
| 1 ancien capitaine de compagnies franches |
| Balthezart Fournier (p. 117). |
| 1 laboureur | Jean Gril (p. 305). | |
| 2 jardiniers |
| Jehan Bourguet (p. 315-316); Georges Grégoire (p. 316). |
| Aucun berger | ||




