Cependant, en 1599, le consistoire semble vouloir se libérer à l’égard des ministres. Il charge le sieur de Saint-Cézary de prévenir le conseil de ville de la difficulté que présentent la levée des rôles et l’entretien du ministère; il ordonne de poursuivre rigoureusement «ceulx quy doibvent d’argent des bénéfices pour le payement» des pasteurs[373]; le receveur déposera le compte de ce que les ministres ont reçu sur leur assistance[374]; enfin, ceux qui refuseront de payer seront traînés devant le juge criminel[375]. Malgré tout, en juillet, il reste dû encore tellement d’argent aux pasteurs que l’un d’eux, Falguerolles, prévient le consistoire qu’il s’en plaindra au colloque[376]. Quelques mois plus tard, il mourait[377] sans avoir jamais pu toucher les 200 écus qui lui étaient dus[378].
Ainsi la ville de Nîmes ne pouvait arriver à fournir les sommes nécessaires à «l’entretien de l’église». S’il en était ainsi dans la plus riche et la plus puissante ville du colloque, on imagine ce qui se passait dans les autres. Les assemblées sont remplies par les querelles d’argent des pasteurs et des consistoires. D’ailleurs, que pouvait-on sur les fidèles? La Discipline autorisait les colloques et les synodes à procéder par des censures ecclésiastiques contre les églises coupables d’«ingratitude» envers leurs ministres et à aller même jusqu’à les priver du culte. Cette peine grave, la seule efficace, on peut le dire, pouvait bien être prononcée contre des églises de peu d’importance[379], mais comment l’appliquer à des villes comme Nîmes, exposée aux influences catholiques et où les fidèles se trouvaient livrés aux «séductions» des prêtres et des jésuites? Nous verrons que les pasteurs combattaient ces influences à grand’peine. Ceux d’Alais, réclamant au synode leur ministre Ferrier qui leur avait été emprunté pour quelque temps, se plaignent que «plusieurs de la Religion, se voyantz sans preche, seroient alez au sermon de Rhodes, jésuite[380]». On juge de ce qui se serait passé dans les mêmes conditions à Nîmes, où le consistoire se trouve forcé de sévir à chaque instant contre des fidèles et même contre des proposants[381], qui ont été «ouyr» le P. Coton.
Aussi ne songeait-on pas à appliquer de peines aussi radicales, ni même à appliquer aucune peine. En voici la preuve. Un synode de 1594 avait ordonné que les diacres et anciens ne pourraient quitter leurs charges avant d’avoir «satisffait à l’entretainement des ministres[382]». Conformément à cette décision, on voit, en janvier 1597, le consistoire de Nîmes s’engager à ne pas se séparer avant d’avoir soldé «ce que restera des gaiges deubz à MM. les pasteurs[383]». Cependant, le 9 décembre, il décide de procéder à la nomination des anciens pour l’année suivante. Les pasteurs en appellent «d’aultant qu’ilz ne sont payés de leurs gaiges[384]»; mais le consistoire nouveau n’en remplace pas moins tranquillement le «vieux», et le règlement reste inappliqué.
La municipalité payait une pension à l’église, destinée notamment à l’entretien des proposants. C’était, d’ailleurs, assez peu de chose et insuffisant à sortir le consistoire de peine: en 1598, la pension se monte à 86 l. 15 sols[385]. Elle était levée par un exacteur des tailles[386] et portait sur tous les habitants, même les catholiques[387]. De plus, le gouvernement communal aidait les anciens à poursuivre le payement des impositions faites pour le ministère[388]. Son intervention fut autorisée par l’édit de Nantes qui donna le droit aux consistoires de citer en justice les huguenots se refusant à payer leur taxe[389].
L’église de Nîmes se résolut à employer ce moyen en février 1599[390]. Il ne paraît pas qu’elle en ait obtenu des résultats excellents, si l’on on juge par les plaintes et les menaces de Falguerolles en juillet 1599[391] et de Moynier en mai 1600[392], qui contraignirent le consistoire à faire des emprunts onéreux pour fournir quelque argent à ses ministres[393]. C’était encore un moyen inefficace. Les pasteurs durent se résigner à n’être pas payés.
IV
L’AUTORITÉ DU CONSISTOIRE SUR LES FIDÈLES
Lutte du consistoire contre l’influence catholique. «Superstitions». La tradition catholique.