Les «vices» qu’il combat: La «paillardise». Adultère et divorce. Enquêtes de mœurs. La «coquetterie». Les censurés mécontents.
Son intervention dans les querelles de ménage. Les bancs du temple. Réconciliations.
Plaisirs permis. Spectacles et jeux défendus. Le repos du dimanche. Fêtes de corporations. La danse interdite. Les «charivaris».
Dénonciations. Police consistoriale.
Citations à comparaître; retards à s’y rendre. Enquêtes. Peines décrétées; leur application. Les nobles et les notables. Entente des consistoires pour la police.
Tout consistoire devait faire respecter par les fidèles la Discipline ecclésiastique. Il faut entendre par là l’ensemble des règles suivant lesquelles se gouvernait l’église réformée. Ce règlement, élaboré peu à peu par les synodes nationaux, n’a reçu sa forme définitive qu’au XVIIe siècle[394]. Il régit le fonctionnement des assemblées ecclésiastiques, les cérémonies du culte, et donne aux fidèles des règles précises de conduite. Or, le consistoire de Nîmes, chargé de faire appliquer la Discipline, a, par cela même, le devoir de surveiller étroitement la vie de ses subordonnés. Il cite à comparaître devant lui ceux qu’il estime avoir enfreint le règlement; il les juge, puis les condamne, s’il y a lieu. On voit quelle autorité peut lui donner cette juridiction sur la doctrine et les mœurs de chacun. Ses décisions sont sanctionnées par celles des colloques et des synodes qu’il contribue à former et qui agissent dans le même sens et dans le même esprit que lui. Ainsi se forme l’unité de la morale et de l’esprit protestants.
Les articles de la Discipline promulgués avant 1598 semblent avoir comme but principal de combattre l’influence catholique et d’empêcher que les fidèles retombent dans «l’idolâtrie». L’on craint que le peuple ne soit emporté par son amour des cérémonies et par l’habitude des fêtes traditionnelles de l’église romaine. Aussi la Discipline lutte-t-elle de toutes ses forces et non sans peine contre les «superstitions».
Au sujet des enterrements, par exemple, le consistoire et les synodes doivent intervenir continuellement. En 1597, on démontre en chaire qu’il faut se garder de «ses seremonies et superstitions quy commensent de glisser parmy nous comme en l’esglise romaine..., comme de fere marcher des hommes vestus de drap au-devant du corps et d’user de tant de fassons au convoy de l’enterrement[395]». Il est encore défendu de faire porter un «flambeau ardent[396]», ou, «au grand escandalle de plusieurs», d’employer des pleureuses[397], de faire «donner l’advertissement de la sépulture» par des veuves vêtues de noir[398], de faire «porter les corps des femmes et des filles décédées» par d’autres femmes «ayants chapeaux de fleurs, bouquets et autres choses[399]», et même de vêtir en aucune façon ceux qu’on mène au tombeau[400]. Enfin, il est absolument interdit d’enterrer personne dans les temples[401].
Alors que les pasteurs eux-mêmes ont tendance à prêcher les «jours chomables de la papauté» de préférence aux jours ordinaires[402], et que le recteur du collège de Nîmes, Pacius, donne congé aux écoliers «le jour de Caramantran[403]», comment s’étonner que l’on ait à censurer des bourgeois «quy font le Roy boit» et les «bolangers qui font des gasteaux avec la febve[404]»? Il est très difficile de forcer les fidèles à rompre avec les habitudes anciennes. L’évêque Valernod[405] fait-il son entrée à Nîmes? M. Bournet sort de la ville pour le voir, «Messieurs le lieutenant et trézorier Albenas» vont assister aux cérémonies[406], enfin, chose plus grave, il faut réprimander les consuls, car ils ont fait tirer des arquebusades en son honneur et ordonné à deux capitaines de l’escorter avec leurs soldats[407].
La tradition triomphe souvent de la réforme. L’on a parfois à censurer des parents qui aiment mieux envoyer leurs enfants aux Jésuites que les mettre au collège[408], ou les confier à «l’école du maître papiste» qu’à celle du protestant[409]. Les fidèles vont entendre les sermons du P. Coton[410]. Pour combattre ces tendances, le consistoire va presque jusqu’à leur interdire la fréquentation des catholiques. L’un des consuls est appelé pour avoir accompagné l’évêque et un prêtre qui allaient dire la messe à Beauvoisin[411]. Un maçon qui contribue à bâtir une église est mis au rang des «fauteurs de l’idolâtrie[412]». On doit empêcher les «pères faisans profession de la Religion» de poursuivre «les jeunes hommes papistes qui ont rendu leurs filles enceintes pour les leur faire espouser..., crainte d’un plus grand mal[413]». Enfin, on décide que «les enfants qui auront accompagné les funérailles de leurs pères en la papauté seront censurés selon la prudence des consistoires[414].» Ce féroce règlement donne une idée nette de la haine qui séparait les papistes et les huguenots.