—Vous nous écoutiez donc, seigneur cavalier?—Sans doute, répliquai-je, et qui vous a si bien instruites de l'heure de ma nativité?
—Nous aurions bien d'autres choses à vous dire, heureux jeune homme, mais il faut commencer par mettre le signe dans la main.
—Qu'à cela ne tienne, repris-je, et sur-le-champ je leur donne un doublon.
—Vois, Zoradille, dit la plus âgée, vois comme il est noble, comme il est fait pour jouir de tous les trésors qui lui sont destinés. Allons, pince la guitare, et suis-moi.» Elle chante!
L'Espagne vous donna l'être,
Mais Parthenope vous a nourri:
La terre en vous voit son maître,
Du ciel, si vous voulez l'être,
Vous serez le favori.
Le bonheur qu'on vous présage
Est volage, et pourrait vous quitter
Vous le tenez au passage:
Il faut, si vous êtes sage,
Le saisir sans hésiter.
Quel est cet objet aimable
Qui s'est soumis à votre pouvoir?
Est-il.......
Les vieilles étaient en train. J'étais tout oreille. Biondetta a quitté la danse: elle est accourue, elle me tire par le bras, me force à m'éloigner. «Pourquoi m'avez-vous abandonnée, Alvare? que faites-vous ici?—J'écoutais repris-je...—Quoi! me dit-elle en m'entraînant, vous écoutiez ces vieux monstres?...
—En vérité, ma chère Biondetta, ces créatures sont singulières; elles ont plus de connaissances qu'on ne leur en suppose; elles me disaient...—Sans doute, reprit-elle avec ironie, elles faisaient leur métier, elles vous disaient votre bonne aventure, et vous les croiriez? Vous êtes, avec beaucoup d'esprit, d'une simplicité d'enfant. Et ce sont là les objets qui vous empêchent de vous occuper de moi?...—Au contraire, ma chère Biondetta, elles allaient me parler de vous.
—Parler de moi! reprit-elle vivement avec une sorte d'inquiétude, qu'en savent-elles? qu'en peuvent-elles dire? Vous extravaguez. Vous danserez toute la soirée pour me faire oublier cet écart.
Je la suis, je rentre de nouveau dans le cercle, mais sans attention à ce qui se passe autour de moi, à ce que je fais moi-même. Je ne songeais qu'à m'échapper pour rejoindre, où je le pourrais, mes diseuses de bonne aventure. Enfin, je crois voir un moment favorable; je le saisis. En un clin d'œil, j'ai volé vers mes sorcières, les ai retrouvées et conduites sous un petit berceau qui termine le potager de la ferme. Là, je les supplie de me dire, en prose, sans énigme, très succinctement enfin, tout ce qu'elles peuvent savoir d'intéressant sur mon compte. La conjuration était forte, car j'avais les mains pleines d'or. Elles brûlaient de parler comme moi de les entendre. Bientôt je ne puis douter qu'elles ne soient instruites des particularités les plus secrètes de ma famille, et confusément de mes liaisons avec Biondetta, de mes craintes, de mes espérances. Je croyais apprendre bien des choses, je me flattais d'en apprendre de plus importantes encore, mais notre Argus est sur mes talons.
Biondetta n'est point accourue, elle a volé. Je voulais parler. «Point d'excuses, dit-elle, la rechute est impardonnable.....