«Voyez, disait-il à la femme, ma bonne Bazilette, comme ces doigts-là sont moulés. Voyez, malgré la pâleur du reste du corps, comme ils sont terminés par de jolis boutons de rose!

—Ah! mon prince, disait une autre femme, son haleine est aussi douce que le parfum des fleurs dont vous parlez.

—Je veux la respirer, disait le prince en laissant aller la main.—Ah! l'horreur! s'écria Bazilette. Ce sont des conserves, et non des baisers qu'il faut approcher de ses lèvres. Si, par malheur, on l'enterrait demain, le prince Lionel se serait attiré un beau renom dans tout le pays de Galles; mais j'en augure mieux nous ne l'enterrerons pas. Bien des gens doivent la pleurer: ne fussent que les originaux des trois jolis portraits trouvés dans sa poche.

—Où les avez-vous mis? dit Lionel.—Ils étaient pleins d'eau de mer: je les ai lavés, j'ai bien nettoyé les émeraudes et les rubis dont ils sont entourés; ils doivent être secs.—Qu'on aille les chercher. Je veux les examiner. Peut-être nous trouverons-nous en pays de connaissance.»

On juge combien attentivement Primrose écoutait cette conversation.

On vient de lui apprendre où elle est. Elle n'y est point connue, ni même soupçonnée; mais on va examiner les portraits de son père, de son frère, et surtout celui de Conant de Bretagne, cet homme, fait, selon elle, pour être connu, comme pour être admiré de toute la terre. Le voile dont elle prétend se couvrir va peut-être se déchirer. Les Bretons et les Gallois ont une origine commune; la mer qui les sépare est un moyen de communication, et fort souvent une source de querelles. On peut la sacrifier aux égards qu'entraînent les liaisons du sang, ou la rendre le gage de l'arrangement de quelques nouveaux démêlés.

Les portraits sont sur la scène, et ne rappellent l'idée d'aucune physionomie connue. «Voilà trois beaux hommes, disait Bazilette. Il y en a un qui a la physionomie d'un héros.

»Elle rêvait à ces messieurs-là sur le bord de la mer, disait Suzanne; elle s'y oubliait; des brigands l'auront surprise et enlevée. On n'a pas retrouvé les corps de ces coquins-là; si on les tenait, on pourrait leur faire payer chèrement ce rapt; mais ils n'en sont pas mieux, si les requins leur en demandent compte.»

Lionel considérait les portraits avec les yeux d'un rival. Celui de Conant annonçait trop d'avantages, pour ne pas lui déplaire infiniment. Le prince de Galles avait conçu un goût très vif pour la belle que ses soins venaient de réchapper des flots; car elle était absolument redevable de la vie à des secours très-bien entendus et dirigés par lui-même.

Des fenêtres de son château, dont la vue portait sur la mer, il avait aperçu le désastre de la barque. Un goût pour l'action, un mouvement d'humanité l'avaient fait courir au rivage, d'où il ordonnait la manœuvre à laquelle Primrose devait sa conservation.