Arrivé à Cardigam, il a appris la grave indisposition de Lionel, et vient lui en témoigner sa sensibilité.

Le prince de Galles, paraît surmonter le mal dont on le dit accablé pour faire les honneurs de son palais à un hôte de son importance; il le présente à Primrose, dont il crayonne en peu de mots la fâcheuse aventure. Le spirituel et poli Clarence paraît en avoir été prévenu par les bruits publics, et s'applaudit de pouvoir présenter ses hommages à une dame, moins connue encore par ses malheurs, que par sa beauté et ses vertus, célébrées dans tous le pays de Galles.

On se met à table. Primrose y est assise entre le nouveau venu et Lionel; et, pour suppléer, autant qu'elle le peut, à l'état de faiblesse de son bienfaiteur, elle s'ingénie pour animer la conversation, et fait en quelque sorte les honneurs de la table.

Clarence répond aux attentions en homme qui connaît le monde; et, soit qu'il parle des pays étrangers, ou de la cour d'Angleterre, tout lui fournit l'occasion de combler d'éloges la charmante étrangère qui fait l'ornement du palais de Saint-David; les beautés de l'Angleterre, celles de l'Europe sont mises en sacrifice.

À des éloges si forts, si redoublés, la modeste Sibille baisse les yeux, rougit et laisse tomber une conversation dont la suite pourrait la jeter dans un nouvel embarras.

Le lendemain, les respectueuses attentions de Clarence pour elle ont redoublé; le surlendemain, elles prennent encore plus de caractère, au point que, profitant d'un instant où l'indisposition de Lionel le force à s'écarter, le chevalier anglais fait à la dame une déclaration d'amour en des termes aussi ménagés que positifs.

Elle n'eut pas le temps d'y répondre, affecta même de ne l'avoir pas entendue. Mais elle n'en était pas moins embarrassée; elle entrevoyait une persécution de plus, et les suites plus funestes d'une rivalité sans objet réel.

Elle était occupée de ces réflexions lorsque le bruit d'un autre cornet fit retentir les cours et annonça l'arrivée du chevalier Mackenffal, d'Irlande.

On était à table, et le redoutable Irlandais s'y trouva placé en face de l'aimable Primrose. Je dis redoutable: il l'était par la plus épaisse paire de moustaches qui eût jamais ombragé une physionomie irlandaise; un nez énorme et recourbé la surmontait, accompagné de deux yeux hagards, qui semblaient vouloir s'élancer de la tête.

De temps en temps, cet affreux regard tombait sur la belle inconnue, comme s'il y eût été porté par la réflexion. Bientôt il la fixe d'un air de connaissance.