—Clarence, répond Mackenffal en retroussant ses moustaches, vous ne serez pas le premier jeune homme qui se sera perdu pour l'amour des dames de ce haut parage. À demain, à demain.» L'enragé lance un de ses plus terribles regards et se retire.

Clarence vient se jeter aux pieds de Sibille, plongée par la dernière scène, dans un nouveau genre de saisissement. «Je fais vœu, madame, de répandre jusqu'à la derniers goutte de mon sang pour réparer l'outrage fait à votre vertu.» En disant cela, il saisit un mouchoir échappé dans ce moment des mains de la belle préoccupée. «Que ce gage, s'écrie-t-il, me serve d'écharpe dans le combat et soit une preuve demain à tout le pays de Galles de l'honneur que vous me faites en m'agréant pour votre chevalier.

—Ah! madame, dit alors Lionel, mon peu de confiance dans mes forces m'empêche de disputer au valeureux Clarence l'honneur dont il va se couvrir. Jugez de mon désespoir.

—Prince, et vous, chevalier d'Angleterre répondit Primrose, votre zèle m'oblige infiniment; mais je ne me tiens point offensée par des discours qui ne s'adressent point à moi. C'est à cette jongleuse Margerie à s'en formaliser.

—Si vous n'étiez pas étrangère et inconnue, madame, reprit Lionel, on se flatterait d'empêcher le combat; les chevaliers de ma cour sauraient bien, par la force des statuts, obliger Mackenffal à venir à vos genoux reconnaître son erreur. Nommez-nous, madame, celle que nous devons servir de tout notre courage, et...

—N'allez pas plus loin, prince. Je ne suis point cette Margerie et vous en donne ma parole; vous devez la recevoir, ou, jusqu'ici, vos intentions, vos égards pour moi m'en auraient imposé. J'ai promis ailleurs, et sous les plus inviolables auspices, de ne point me nommer que mon vœu ne soit accompli.

—Il faudra donc, madame, tenter le sort des armes. Allez, Clarence, allez vous reposer; mon prévôt vous fera préparer la lice. Je ne saurais être votre juge: je suis trop prévenu en faveur de la cause dont vous allez soutenir et faire éclater la justice.» À ces mots, le prince, paraissant accablé de faiblesse, se retire, appuyé sur les bras de ses écuyers.

Primrose entre dans son appartement, assez mal remise des différents genres de trouble dont elle venait d'être successivement agitée. Elle s'y livrait depuis quelque temps à ses réflexions, le front appuyé sur la main, lorsque Bazilette vint autour d'elle pour le service et l'attaqua de conversation.

«Vous rêvez, madame; vous en avez sujet. C'est une belle, une noble chose qu'un combat. On y joue notre honneur à un sanglant croix ou pile. Béni soit Dieu, qui n'a jamais permis qu'on attaquât le mien! mais je ne voudrais pas le voir au bout de la lance de Tiran-le-Blanc. Aussi notre prince le dit bien, lui qui sait la chevalerie comme je sais mon Pater: c'est votre maudit secret qui fait la cause de tout le mal. Vous êtes la première, à ma connaissance, tombée dans un égarement de ce genre, et vous verrez comment il vous en prendra. En général, nous parlons, nous autres femmes, à tort et à travers. Le silence est ici plus dangereux que toutes nos indiscrétions. On vous demande trois mots; c'est bien peu de chose: dites le nom de votre pays, de votre famille, le vôtre: de mon oreille, cela passera dans celle du prince, sans faire d'autre cascade; et nous aurons le plaisir de voir amener à vos pieds cet ours hibernois, tout muselé.

—Ne me tourmentez pas pour avoir mon secret, mademoiselle; forcée par un vœu de le refuser au prince Lionel, malgré ses procédés nobles et généreux, je ne dois le donner à personne.