Il ne faut pas croire, du reste, que l'auteur de ces fantaisies ne prit point au sérieux sa position administrative; nous avons sous les yeux un travail manuscrit qu'il adressa à M. de Choiseul pendant son ministère, et dans lequel il trace noblement les devoirs du commissaire de marine, et propose certaines améliorations dans le service avec une sollicitude qui fut sans doute appréciée. On peut ajouter qu'à l'époque où les Anglais attaquèrent la colonie, en 1749, Cazotte déploya une grande activité et même des connaissances stratégiques dans l'armement du fort Saint-Pierre. L'attaque fut repoussée, malgré la descente qu'opérèrent les Anglais.
Cependant la mort du frère de Cazotte le rappela une seconde fois en France comme héritier de tous ses biens, et il ne tarda pas à solliciter sa retraite: elle lui fut accordée dans les termes les plus honorables, et avec le titre de commissaire général de la marine.
II
IL ramenait en France sa femme Élisabeth, et commença par s'établir dans la maison de son frère à Pierry, près d'Épernay. Décidés à ne point retourner à la Martinique, Cazotte et sa femme avaient vendu tous leurs biens au P. Lavalette, supérieur de la maison des Jésuites, homme instruit avec lequel il avait entretenu, pendant son séjour aux colonies, des relations agréables. Celui-ci s'était acquitté en lettres de change sur la Compagnie des Jésuites à Paris.
Il y en avait pour cinquante mille écus; il les présente, la Compagnie les laisse protester. Les supérieurs prétendirent que le P. Lavalette s'était livré à des spéculations dangereuses et qu'ils ne pouvaient reconnaître. Cazotte, qui avait engagé là tout le plus clair de son avoir, se vit réduit à plaider contre ses anciens professeurs, et ce procès, dont souffrit son cœur religieux et monarchique, fut l'origine de tous ceux qui fondirent ensuite sur la Société de Jésus et en amenèrent la ruine.