—Vous avez dit le mot, Alvare: on n'apprendrait rien de soi-même; quant à la possibilité de nos liaisons, je vais vous en donner une preuve sans réplique.»

Comme il finissait ce mot, il achevait sa pipe: il frappe trois coups pour faire sortir un peu de cendre qui restait au fond, la pose sur la table assez près de moi. Il élève la voix: «Calderon, dit-il, venez chercher ma pipe, allumez-la, et rapportez-la-moi.»

Il finissait à peine le commandement, je vois disparaître la pipe; et, avant que j'eusse pu raisonner sur les moyens, ni demander quel était ce Calderon chargé de ses ordres, la pipe allumée était de retour, et mon interlocuteur avait repris son occupation.

Il la continua quelque temps, moins pour savourer le tabac que pour jouir de la surprise qu'il m'occasionnait; puis se levant, il dit: «Je prends la garde au jour, il faut que je repose. Allez vous coucher; soyez sage, et nous nous reverrons.»

Je me retirai plein de curiosité et affamé d'idées nouvelles, dont je me promettais de me remplir bientôt par le secours de Soberano. Je le vis le lendemain, les jours ensuite; je n'eus plus d'autre passion; je devins son ombre.

Je lui faisais mille questions; il éludait les unes et répondait aux autres d'un ton d'oracle. Enfin, je le pressai sur l'article de la religion de ses pareils. «C'est, me répondit-il, la religion naturelle.»

Nous entrâmes dans quelques détails; ses décisions cadraient plus avec mes penchants qu'avec mes principes; mais je voulais venir à mon but et ne devais pas le contrarier.

«Vous commandez aux esprits, lui disais-je; je veux comme vous être en commerce avec eux: je le veux, je le veux!